Mon avis, ton avis : Lutter pour la justice et l’égalité des sexes au Liberia

Dans cette série intergénérationnelle destinée à la campagne Génération Égalité, les jeunes prennent l’initiative de la conversation. Gwendolyn Myers, 29 ans, originaire du Liberia et militante pour la paix, s’entretient avec une activiste de longue date, Abla Gadegbeku William, 59 ans, qui lutte pour les droits des femmes et des enfants depuis plus de vingt ans.

Date : mardi 25 février 2020

Gwendolyn Myers, fondatrice et directrice exécutive des « Messagers de la paix » au Liberia, s’entretient avec Abla Gadegbeku William. Photo : ONU Femmes
Gwendolyn Myers, fondatrice et directrice exécutive des « Messagers de la paix » au Liberia, s’entretient avec Abla Gadegbeku William. Photo : ONU Femmes

Gwendolyn Myers, Libérienne de 29 ans, voit dans l’adoption du Programme d’action de Beijing un point de ralliement pour faire progresser l’égalité des sexes. Pour elle, la Déclaration de Beijing, adoptée alors qu’elle n’avait que quatre ans, consacre la légitimité des droits des femmes et l’engagement des États membres à les faire respecter.

Gwendolyn Myers estime que, même si des progrès ont été réalisés, beaucoup reste à faire. « Il faut encore faire comprendre à la société ce que signifie la Déclaration. (...) Les femmes et les filles doivent être davantage autonomisées », affirme-t-elle.

Pour elle, le plus grand changement a été de voir les femmes accéder à des postes de direction, en brisant les stéréotypes. « Grâce à ces plateformes, nous sommes en mesure d’exiger des comptes et de faire entendre notre voix. Nous avons vu des femmes accéder à des postes de direction de haut niveau », déclare-t-elle.

« De nombreuses femmes restent pieds et poings liés. Des défis demeurent, certes, mais les jeunes femmes font tout leur possible pour percer malgré tout. »

Ellen Johnson Sirleaf, qui a occupé la présidence du Liberia de 2006 à 2018, a été la première femme à se faire élire chef d’État sur le continent africain.

Selon Gwendolyn Myers, la préoccupation la plus urgente est la nécessité de sensibiliser et de mobiliser davantage en faveur de l’autonomisation des jeunes femmes et des filles. Elle estime que leur inclusion pleine et entière est essentielle pour parvenir à un développement durable.

Elle emboîte le pas à des militantes aguerries, telle Abla Gadegbeku William qui lutte pour la paix et l’égalité des sexes depuis plus de 20 ans.

Abla Gadegbeku William, en discussion avec Gwendolyn Myers sur les droits des femmes et leur autonomisation au Liberia. Photo : ONU Femmes
Abla Gadegbeku William, en discussion avec Gwendolyn Myers sur les droits des femmes et leur autonomisation au Liberia. Photo : ONU Femmes

À quel moment et pourquoi êtes-vous devenue une militante ?

Abla Gadegbeku William : Pendant la guerre civile au Liberia, qui a commencé en 1980 et s’est terminée en 1990, de nombreuses femmes ont été maltraitées, violées, privées de leurs droits et de tout accès aux services de santé. Les femmes libériennes avaient besoin de se faire entendre, mais nous n’étions pas au courant de ce qui se passait à l’échelle mondiale. Nous avions besoin du soutien de femmes d’autres pays pour nous aider à s’exprimer ouvertement. Le Programme d’action de Beijing nous a servi de feuille de route pour faire progresser l’égalité des sexes ; en 1995, nous avons créé une association de femmes avocates afin de défendre les droits des femmes et des enfants.

Quel a été le changement le plus important pour les femmes au Liberia depuis l’adoption du Programme d’action de Beijing ?

Abla Gadegbeku William : Les femmes sont maintenant plus conscientes de leurs droits. Dans les zones rurales, les femmes réclament des changements de politique et elles sont plus nombreuses à contribuer au développement économique du pays.

Les hommes commencent à se rendre compte que les femmes aussi peuvent s’asseoir à la table de discussion et contribuer à l’essor du pays.

Et même si nous avons considérablement progressé, bien du travail nous attend encore, notamment en matière de paix et de sécurité.

Qu’est-ce qui n'a pas encore changé pour les femmes ? Et quelle est la marche à suivre maintenant ?

Abla Gadegbeku William : Le système patriarcal n’a pas bougé. Les hommes continuent à occuper la plupart des postes importants : ce sont eux qui élaborent les lois, prennent les décisions et contrôlent les processus de vote. Nous ferons pression pour que les choses changent, jusqu’à pouvoir travailler en partenariat avec eux.

Il est important de souligner que nous ne recherchons pas des emplois, mais l’égalité, dans toutes les sphères et à tous les niveaux décisionnels. Nous continuons à nous battre pour les droits, l’éducation, la santé et la dignité dont nous avons été dépossédés pendant le conflit ; nous poursuivons notre quête de justice.

Pour cela, nous continuerons à surmonter les obstacles, à construire des partenariats, à offrir des services de mentorat, à créer des réseaux et à apprendre des autres femmes. Ensuite, nous passerons le relais à la jeune génération pour qu’elle poursuive la lutte en faveur de l’égalité des chances et des droits.



Ce témoignage fait partie d’une série éditoriale spéciale pour la campagne Génération Égalité d’ONU Femmes. Intergénérationnelle, cette série fait le pont entre les jeunes militantes et les femmes qui militent depuis longtemps pour les droits des femmes et se penche sur les perspectives intergénérationnelles des enjeux d’aujourd’hui.