Sécurité et une nouvelle vie pour les femmes réfugiées en Tanzanie

Dans trois centres de femmes soutenus par ONU Femmes en Tanzanie, les femmes réfugiées bénéficient d’espaces sûrs pour lier connaissance, acquérir de nouvelles compétences et se remettre des traumatismes de la guerre et de la violence sexuelle. Nombre d’entre elles se sont lancées dans un nouveau métier et revendiquent les droits qui leur reviennent. Certaines ont trouvé une nouvelle famille et une nouvelle vie.

Date : mardi 20 juin 2017

Korotirida Minani found a second home in Nduta Refugee camp after fleeing from her hometown in Burundi in late 2015. Photo: UN Women/Deepika Nath
Korotirida Minani a trouvé un deuxième foyer dans le camp de réfugiés de Nduta après avoir fui sa ville d’origine au Burundi fin 2015. Photo : ONU Femmes/Deepika Nath

En septembre 2015, Mpawenayo Seraphine, 38 ans, a parcouru plus de 60 km à pied avec son mari et leurs six enfants depuis Rutana au Burundi pour atteindre la frontière tanzanienne. Ils fuyaient la violence croissante qui sévissait dans leur village natal.

La famille a trouvé la sécurité dans le camp de réfugiés de Mtendeli. Là, Mme Seraphine a acquis des compétences en entrepreneuriat et en gestion de petite entreprise dans le centre de femmes soutenu par ONU Femmes. En l’espace d’un an, elle a renforcé ses compétences en couture et a appris de nouvelles techniques de couture et de nouveaux styles de mode. .

« Je suis tellement heureuse de voir des gens porter les vêtements que j’ai confectionnés », indique Mme Seraphine, faisant part de ses projets d’établissement d’un magasin hors du camp. Elle fait aujourd’hui partie d’un groupe de dix couturières qui se réunissent régulièrement au centre, apprennent les unes des autres et confectionnent divers types de jupes, de chemisiers et de chemises. Les revenus provenant des ventes qu’elles réalisent viennent compléter les rations alimentaires fournies dans les camps pour leurs familles.

« Je souhaite un jour devenir une créatrice de mode célèbre », déclare Mme Seraphine. « Peut-être que vous porterez un vêtement que j’ai confectionné », ajoute-t-elle.

Beatrice Emanuel serves as the Women’s Empowerment Supervisor from IRC, and UN Women’s implementing partner at the Mtendeli Women’s Centre. Photo: UN Women/Deepika Nath
Beatrice Emanuel assume les fonctions de superviseure de l’autonomisation des femmes auprès de l’International Rescue Committee (IRC) et de partenaire de mise en œuvre d’ONU Femmes au centre de femmes de Mtendeli. Photo : ONU Femmes/Deepika Nath

Depuis 2016, ONU Femmes soutient l’International Rescue Committee (IRC) dans la fourniture de formations et de services par le biais des centres de femmes dans les camps de Nyarugusu, de Nduta et de Mtendeli en Tanzanie. Ces camps abritent plus de 500 000 réfugiés qui ont fui la violence dans les pays voisins – le Burundi et la République démocratique du Congo. Le projet est financé par le Fonds central d’intervention d’urgence des Nations Unies, avec le soutien du gouvernement de la Norvège.

« Les femmes et les filles réfugiées jouent un rôle majeur dans la reconstruction après-conflit et dans le rétablissement du tissu social de leurs communautés », déclare Hodan Addou, représentante d’ONU Femmes en Tanzanie. « Les centres de femmes offrent un environnement sûr et favorable pour réseauter, et ils organisent des discussions importantes au cours desquelles les femmes relatent les traumatismes qu’elles ont vécus, ce qui promeut leur rétablissement ».

Beatrice Emanuel, superviseure de l’autonomisation des femmes auprès de l’International Rescue Committee (IRC) et partenaire de mise en œuvre d’ONU Femmes au centre de femmes de Mtendeli, partage cet avis : « On observe un changement évident dans le comportement et le niveau d’assurance des femmes qui ont passé du temps au centre. Non seulement le centre est un espace où les femmes peuvent acquérir de nouvelles compétences pour gagner leur vie, mais il leur offre également la possibilité de trouver un peu de répit dans leurs tâches quotidiennes ».

Dans les trois centres, qui ont été achevés fin 2016, de vastes terrasses et vérandas ont été aménagées : elles offrent un espace adéquat pour les cours de couture, de vannerie, d’alphabétisation pour adultes et de poterie. Chaque bâtiment comprend des salles de services de conseils où les femmes réfugiées peuvent solliciter des conseils confidentiels en matière de planification familiale et de violence fondée sur le genre.

À environ 167 kilomètres de Mtendeli, dans le camp de réfugiés de Nduta, Korotirida Minani, 57 ans, tresse un panier avec un groupe de femmes. Ses mains sont occupées à créer des motifs délicats faits de pousses d’herbe sèche et de bandes de plastique. Il lui faut environ une semaine pour fabriquer un grand panier, qu’elle vend 8 dollars.

A woman weaves a basket in the Nduta Refugee Camp. Photo: UN Women/Deepika Nath
Une femme tresse un panier dans le camp de réfugiés de Nduta. Photo : ONU Femmes/Deepika Nath

« J’aimerais pouvoir vendre nos produits à de nouveaux clients sur les marchés hors des camps », confie-t-elle. « Cela nous permettrait de gagner presque le double de nos revenus actuels ».

Fin 2015, Mme Minani a fui sa ville d’origine, Ruyigi au Burundi, avec ses trois enfants et un petit-enfant, après que des rebelles lui aient volé ses terres et aient menacé de la battre. Elle avait perdu son mari lors du conflit ethnique survenu en 1993, mais à Nduta, elle a trouvé un deuxième foyer.

Korotirida Minani and other women refugees practice tailoring in the Nduta Refugee camp. Photo: UN Women/Deepika Nath
Korotirida Minani et d’autres femmes réfugiées pratiquent la couture dans le camp de réfugiés de Nduta. Photo : ONU Femmes/Deepika Nath

En temps de crise, les disparités existantes entre les sexes sont souvent exacerbées. Les centres de femmes mettent en œuvre un programme de 16 semaines qui fait participer les hommes résidents des camps afin de briser les stéréotypes de genre et de prévenir les pratiques culturelles néfastes. Mzalendo Mtokambali, 36 ans, est l’un des principaux facilitateurs du programme dans le camp de Nyarugusu. M. Mtokambali a fui la République démocratique du Congo en 1999, et cela fait maintenant 18 ans qu’il vit dans le camp de réfugiés.

« C’est très difficile de persuader les hommes de soutenir leur épouse, leur mère et leurs sœurs dans l’exécution des tâches ménagères », affirme-t-il. « Ils répondent que ce travail est pour les femmes et que les hommes n’ont pas besoin d’y contribuer, car ils sont les principaux soutiens de famille. Je tente de les convaincre que les femmes ont également besoin d’aide pour élever les enfants, et qu’elles peuvent aussi gagner leur vie ».

Au début du programme, les hommes étaient peu enclins à changer leurs habitudes.

Mzalendo Mtokambali is one of the lead facilitators for the 16-week programme that works with the male residents of the camps to break gender stereotypes and prevent harmful cultural practices in the Nyarugusu camp. Photo: UN Women/Deepika Nath
Mzalendo Mtokambali fait partie des principaux facilitateurs du programme de 16 semaines qui fait participer les hommes résidents des camps afin de briser les stéréotypes de genre et de prévenir les pratiques culturelles néfastes dans le camp de Nyarugusu. Photo : ONU Femmes/Deepika Nath

« Mon épouse est une femme d’affaires qui travaille au marché toute la journée », explique M. Mtokambali. « Je m’occupe du foyer et des enfants quand elle s’absente, et chacun doit suivre un calendrier précis d’exécution des tâches ménagères. Nous travaillons tous les deux ensemble afin de nous assurer que notre santé mentale et physique à tous s’améliore ».

Constatant les avantages qu’offrent des revenus doubles, la réduction des charges de travail et l’amélioration des résultats des enfants à l’école, les cyniques ont fini par venir lui demander des conseils et un soutien afin qu’ils puissent eux aussi aider leurs épouses.

Pour de nombreuses femmes dans les camps, les centres offrent un nouveau départ. « Malgré toutes les difficultés, je n’ai aucune raison de retourner au Burundi », déclare Korotirida Minani. « J’ai rencontré tant d’autres femmes qui ont souffert tout comme moi. Nous avons trouvé un nouveau mode de vie, et ma famille est ici maintenant. Je me sens en sécurité ici ».