Dans les propos de Madina Mousa : « Je ne pouvais demeurer impassible devant la misère »

Date : jeudi 15 août 2019

Madina Mousa. Photo: ONU Femmes/Said Elmobasher

Madina Mousa a fui la guerre en Syrie avec sa famille en 2013, et elle vit à présent dans le camp de réfugiés de Kawergosk, dans la région du Kurdistan en Irak. Elle a commencé à faire du bénévolat pour aider d’autres réfugiés, et elle travaille maintenant en tant que responsable de la protection auprès de l’organisme d’autonomisation des femmes OAF, partenaire local d’ONU Femmes mettant en œuvre le programme régional « Renforcer la résilience des femmes et des filles syriennes et des communautés hôtes en Irak, en Jordanie et en Turquie », qui est financé par l’Union européenne dans le cadre du Fonds fiduciaire régional de l’UE en réponse à la crise syrienne (Fonds MADAD).

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 Je venais de terminer mes examens finaux à la Faculté d’histoire lorsque la guerre a atteint notre ville, qui est située au nord de la Syrie, détruisant nos rêves et nos projets pour l’avenir. Ma famille et moi avons dû fuir, laissant tout derrière nous.

Nous avons traversé la frontière irakienne pour chercher la sécurité dans le camp de réfugiés de Baserma, avec des milliers d’autres réfugiés. La situation dans le camp à notre arrivée était épouvantable. La douleur du déplacement était décourageante. Je ne pouvais pas rester impassible devant la misère, je voulais aider ma famille et ceux qui m’entouraient. Il me fallait faire quelque chose.

J’ai commencé à chercher du travail bénévole auprès d’organismes locaux et internationaux œuvrant auprès des réfugiés. Comme nous avons laissé tous nos documents derrière nous, je n’avais aucune preuve de mon niveau d’éducation, ce qui a rendu ma quête de travail très difficile. Finalement, l’organisme pour l’autonomisation des femmes m’a acceptée en tant que bénévole sur la base d’une carte d’étudiant que j’avais apportée avec moi.

J’ai commencé à faire du bénévolat : nous étions 180 hommes et femmes. Nous avons suivi une formation sur diverses questions contribuant à l’autonomisation des femmes, notamment un soutien psychologique et juridique, ainsi que des moyens de subsistance et des opportunités d’emploi. Après deux mois de bénévolat, j’ai été choisie avec 19 autres femmes et hommes pour travailler en tant que membre du personnel.

Je suis devenue chercheuse en sciences sociales et je me suis régulièrement entretenue avec des femmes réfugiées dans le camp de Kawergosk. L’écoute quotidienne des défis auxquels elles sont confrontées a renforcé ma détermination à les aider à surmonter les obstacles et à améliorer leurs conditions de vie. Ce qu’il m’a été donné de découvrir auprès des femmes réfugiées a guidé nos activités pour nous permettre de répondre à leurs besoins les plus urgents.

Trois mois plus tard, je suis devenue conférencière chargée de l’autonomisation des femmes, m’adressant aux résidentes du camp sur la façon dont les femmes pouvaient s’autonomiser pour mieux faire face à leur déplacement, par le biais de la formation et des opportunités d’emploi, ainsi que par l’aide psychologique et juridique. Ensuite, je suis devenue formatrice de formatrices sur l’autonomisation des femmes et la violence basée sur le genre dans les camps de réfugiés de Baserma et de Kawergosk dans la région du Kurdistan en Irak. J’ai dirigé plusieurs projets, allant des cours de couture au plaidoyer contre la violence basée sur le genre.

Aujourd’hui, je suis responsable de la protection, spécialisée dans la violence basée sur le genre, les mariages précoces et la protection des enfants. Mon équipe et moi sommes toujours présents dans les camps et en communication régulière avec les résidents et les responsables de camp. L’un des principaux problèmes de protection des filles dans le camp est le mariage précoce. Pour des raisons économiques et de sécurité, de nombreuses familles choisissent de marier leur fille en bas âge. Nos spécialistes travaillent sans relâche à former les résidentes des camps sur l’impact médical, juridique et psychologique négatif des mariages précoces sur les filles et leurs familles. 

Parce que nous voulons que notre travail soit axé sur les besoins des réfugiés et des personnes déplacées, nous avons créé une boîte à suggestions. Par exemple, sur la base des suggestions que nous avons reçues, nous avons lancé une campagne de lutte contre la violence à l’égard des femmes, réunissant hommes et femmes. Nous avons modifié la manière dont nous dispensons nos formations pour mieux répondre au contexte et aux besoins des utilisateurs.

Nous proposons des cours de formation à partir de ce que les femmes nous ont exprimé comme besoins. Une femme syrienne m’a dit qu’elle avait toujours rêvé de devenir couturière. Nous l’avons aidée à se former et à acheter une machine à coudre et elle est maintenant couturière.

Pouvoir accéder à la formation et aux emplois aide les femmes réfugiées à surmonter de nombreux problèmes et à améliorer leur statut au sein de leur famille et de leur communauté. Maintenant, certains hommes réfugiés viennent nous demander plus de cours, comme pour les femmes de leurs familles. Pour aider davantage de femmes à suivre nos programmes de formation et de subsistance, nous avons créé un centre de la petite enfance géré par notre personnel.

Jusqu’ici, grâce au programme Madad, notre centre a offert à plus de 1 100 femmes un soutien physiologique et juridique, de même que des occasions de formation et d’emploi. Les compétences que les femmes acquièrent dans le cadre de nos programmes sont des compétences de vie qui non seulement leur donnent les moyens de faire face aux difficultés des personnes déplacées, mais les aident également à reconstruire leur vie et à contribuer à la vie de leur pays, une fois qu’elles seront rentrées. »