ONU Femmes et ses partenaires offrent un secours immédiat aux femmes et aux filles touchées par les explosions de Beyrouth

Après avoir essuyé une grave crise économique, puis la pandémie de COVID-19 et maintenant les explosions, le Liban a besoin des femmes au cœur de son plan de redressement.

Date : jeudi 13 août 2020

A woman in front of a destroyed house, Karantina, Beirut. August 9, 2020. Photo: Dar Al Mussawir
Une femme devant une maison détruite, dans le quartier de Karantina à Beyrouth. 9 août 2020. Photo : Dar Al Mussawir

Zalloukh Al Maraanazi, une réfugiée syrienne qui vit aujourd’hui à Beyrouth au Liban, se reposait sur un divan lorsque, dans l’après-midi du 4 août, tout s’est mis à trembler.

« Mon fils jouait sur le balcon quand cela s’est produit ; il a littéralement volé avant d’atterrir sur le sol. Il n’a heureusement que des bleus, » a-t-elle déclaré.

La famille Al Maraanazi vivait dans le quartier de Tariq El Jdide, à moins de 10 km du port de Beyrouth où les deux explosions ont eu lieu le 4 août 2020. Elles ont dévasté la ville, faisant, à ce jour, au moins 200 morts et plus de 5 000 blessés. Approximativement 300 000 personnes ont vu leurs foyers détruits.

A woman standing in her destroyed house, Gemmayze, Beirut. August 5, 2020. Photo: Dar Al Mussawir
Une femme debout devant sa maison détruite dans le quartier de Gemmayze à Beyrouth. 5 août 2020. Photo : Dar Al Mussawir

Zalloukh Al Maraanazi s’était à peine rétablie du traumatisme occasionné par la violence à laquelle elle avait échappé en Syrie. Elle venait tout juste de lancer une entreprise de fabrication de savons et de bougies après avoir suivi une formation professionnelle par le biais d’un programme d’ONU Femmes destiné aux femmes réfugiées et de la région. La voici à nouveau terrifiée, et une fois encore, ses moyens de subsistance sont menacés.

Avant les explosions, le système de santé du Liban était déjà en difficulté à cause de l’augmentation des cas de COVID-19. Quelques jours après les explosions, le 9 août, 294 nouveaux cas de COVID-19 ont été enregistrés, un nouveau record pour le Liban.

ONU Femmes, aux côtés de ses partenaires au Liban et aux Nations Unies, a réorienté ses programmes et son expertise pour offrir un secours immédiat aux femmes et aux filles. Par le biais de ses partenaires, dont la majorité sont des associations dirigées par des femmes, ONU Femmes a pu fournir une protection immédiate ainsi qu’une assistance psychosociale aux personnes qui ont été frappées par le désastre et a aidé à répondre à leurs besoins les plus urgents à court terme, en leur distribuant de la nourriture et de l’argent. Les besoins en matière de genre font actuellement l’objet d’une évaluation rapide, dans le cadre d’une action humanitaire plus étendue de l’ONU, en collaboration avec l’ONG nationale Care International et Abaad.

La violence sexuelle augmente souvent après les crises. Pour répondre efficacement à la situation, ONU Femmes travaille avec un grand nombre de partenaires. Dans le cadre d’un plan d’intervention interorganisations contre la violence sexuelle et basée sur le genre mené conjointement par l’ONU et les partenaires internationaux et nationaux, ONU Femmes, en collaboration avec des organismes humanitaires du pays, se prépare à aider à la réalisation de contrôles de la sécurité dans les quartiers de Beyrouth et à déployer des équipes mobiles d’experts spécialisés dans la violence basée sur le genre pour distribuer des produits essentiels aux femmes et aux filles. Le plan d’intervention a également pour objectif d’identifier les femmes et les filles qui ont besoin de services spécialisés et d’un soutien psychologique.

Young people distribute essential food to families in the Gemmayze neighborhood, Beirut on August 6, 2020. Photo: Dar Al Mussawir
Des jeunes distribuent des denrées alimentaires essentielles aux familles du quartier de Gemmayze à Beyrouth. 6 août 2020. Photo : Dar Al Mussawir

L’explosion de Beyrouth s’ajoute à une succession de crises qui ont frappé le Liban, en commençant par la crise économique et financière de 2019, puis la pandémie de COVID-19 qui s’est déclarée en mars 2020. La crise de COVID-19 a contribué à l’augmentation des cas de violence domestique et d’autres formes de violence faites aux femmes dans le monde entier. Au Liban, un sondage a révélé que jusqu’à 54 pour cent des personnes interrogées avaient observé une hausse des cas de harcèlement, de violence et de sévices contre d’autres femmes et filles dans leur foyer ou leur communauté. Il est essentiel de s’assurer qu’un soutien et des services sont à leur disposition, ainsi que des informations sur la manière d’y accéder.

On estime que la crise économique du Liban, aggravée par la COVID-19 et maintenant par les explosions de Beyrouth, réduira la participation des femmes à l’économie de 14 à 19 pour cent. Les répercussions sont particulièrement sombres dans ce pays où les disparités entre les sexes sont élevées (le Liban est classé au 139e rang sur 153 pays dans le Rapport 2020 sur les disparités entre les sexes publié par le Forum économique mondial) et où le taux des femmes participant à la main-d’œuvre compte parmi les plus bas (29 pour cent de femmes[1] pour 76 pour cent d’hommes[2]). Ces inégalités se retrouvent au sein des communautés de migrants et de réfugiés sur l’ensemble du marché du travail formel et informel au Liban.

Lebanese youth team up to clean streets following the Beirut blast. Gemmayze, Beirut, August 6, 2020. Photo: Dar Al Mussawir
Un groupe de jeunes Libanais se mobilise pour nettoyer les rues après l’explosion de Beyrouth. Quartier de Gemmayze à Beyrouth. 6 août 2020. Photo : Dar Al Mussawir

« Nous savons qu’en moyenne, les femmes disposent de moins d’outils et de ressources pour se remettre de chocs externes. Cela découle des inégalités entre les sexes qui les relèguent à un statut inférieur à celui des hommes, » a déclaré Rachel Dore-Weeks, représentante d’ONU Femmes au Liban. « Les femmes sont plus susceptibles de ne pas avoir de compte en banque, d’économies, de retraite ni d’accès à la protection sociale. Dans notre réponse collective, nous devons le reconnaître et veiller à ce que les secours immédiats et à long terme que nous leur proposons ainsi que les initiatives de redressement permettent aux femmes de se rétablir pleinement et sur un même pied d’égalité avec les hommes. C’est également l’occasion d’aborder le déséquilibre entre les sexes qui, traditionnellement, expose davantage les femmes que les hommes à la pauvreté et à la violence ».

Au lendemain de la crise, ONU Femmes intensifie ses programmes de résilience et de redressement au Liban, tout en renforçant également les activités qu’elle mène en faveur du leadership des femmes, de la paix et de la sécurité – des facteurs clés pour assurer la stabilité dans le pays et la région.

Cinq programmes d’ONU Femmes, financés par les gouvernements de la Croatie, de la Finlande, du Japon, des Pays-Bas, de la Norvège, de la Suisse et de la Suède ainsi que par la Fondation Ford, la Fondation Rebecca Dykes, le Fonds des Nations unies pour les Objectifs de développement durable (ODD) et le Fonds d’affectation spéciale des Nations Unies pour la sécurité humaine, sont en cours au Liban. Ces programmes, qui ont réorienté leurs priorités de façon à prendre en compte la crise économique du Liban et la COVID-19, s’adaptent maintenant pour, en plus, soutenir le relèvement à long terme des personnes qui ont été touchées par les explosions de Beyrouth.

Notes

[1] Organisation internationale du Travail (OIT) et Administration centrale de la statistique, « Labor Force and Household Living Conditions Survey (LFHLCS) » (Enquête sur la main-d’œuvre et les conditions de vie des ménages), 2018-2019, https://www.ilo.org/wcmsp5/groups/public/---arabstates/---ro-beirut/documents/publication/wcms_732567.pdf

[2] Forum économique mondial, Rapport mondial 2020 sur les disparités entre les sexes, http://www3.weforum.org/docs/WEF_GGGR_2020.pdf