Mon avis, ton avis : Les droits des femmes en Thaïlande et le rôle des hommes dans leur promotion

Dans cette nouvelle série intergénérationnelle destinée à la campagne Génération Égalité, les jeunes prennent l’initiative de la conversation. Zaak Garrett, 25 ans, étudiant américain actuellement basé en Thaïlande et défenseur de l’égalité des sexes, s’entretient avec Jaded Chouwilai, 57 ans, fondateur de la Fondation du mouvement progressiste des femmes et des hommes de Thaïlande.

Date : lundi 24 février 2020

Jaded Chouwilai and Zaak Garrett discuss gender equality.  Photo: UN Women/ Pairach Homtong
Jaded Chouwilai et Zaak Garrett. Photo: ONU Femmes/ Pairach Homtong

Zaak Garrett est convaincu que le Programme d’action de Beijing peut permettre d’améliorer la vie de tous les jeunes, femmes et hommes, dans le monde entier. Mais il considère également que les politiques ne peuvent pas être porteuses de changement si elles ne sont pas mises en œuvre. Selon lui, ce n’est que lorsque les femmes auront pris place à la table des discussions, dans tous les secteurs et tous les espaces de la société, que nous en bénéficierons tous.

Zaak Garrett est cofondateur d’un mouvement appelé #PolicyPlease, qui plaide en faveur d’une politique de lutte contre le harcèlement sexuel et d’une éducation sur les campus universitaires dans tout le pays. Il confesse que la violence à l’égard des femmes est endémique sur les campus, notamment « la violence des partenaires intimes, le harcèlement sexuel, les agressions et la culture de stigmatisation des victimes, ainsi que l’absence de protection juridique pour les survivantes ».

Il a rencontré Jaded Chouwilai pour la première fois lors d’une conférence qu’il donnait sur le thème « Les tâches ménagères sont pour tout le monde » en novembre 2019, un point de vue qu’il partage : « Ce n’est pas que les politiques ne comptent pas ; elles comptent. Mais si les gens ne sont pas sensibilisés et ne comprennent pas leurs droits et les problèmes qui se posent, les politiques finissent par être inefficaces ».

À quel moment et pourquoi prenez-vous la parole en faveur des droits des femmes ?

Jaded Chouwilai : Ma mère, dès mon plus jeune âge, a eu une grande influence sur moi. Elle nous a élevés, mes deux sœurs et moi, sans faire de différence entre nous, soit entre garçon et fille. Par exemple, nous devions tous participer de la même façon aux tâches ménagères.Une fois que je suis entré à l’université, ma mère m’a dit de traiter toutes les femmes avec respect et de ne jamais chercher à les exploiter.

Ma vocation de militant a pris forme plus clairement il y a 30 ans, lorsque j’ai adhéré à un club universitaire qui menait une campagne en faveur des droits des femmes. Après avoir obtenu mon diplôme, j’ai voulu devenir travailleur social et j’ai commencé à faire du bénévolat.

Quel a été le changement le plus important pour les femmes en Thaïlande depuis l’adoption du Programme d’action de Beijing, et où se situent les lacunes ?

Jaded Chouwilai : Près de 100 Thaïlandaises de condition modeste ont participé à la conférence, et après l’adoption de la Déclaration de Beijing, nous avons ressenti plusieurs changements importants dans notre pays. Le gouvernement a mis des fonds à disposition et organisé des campagnes sur le harcèlement sexuel et la violence à l’égard des femmes dans toute la Thaïlande. Environ 20 centres de crise à guichet unique ont été créés. Des enquêtrices ont été désignées comme personnes-ressources pour recevoir les plaintes déposées par les femmes victimes d’agressions. Une nouvelle loi a été votée pour protéger les femmes et les enfants contre le harcèlement. Ce sont quelques-uns des changements que nous avons pu clairement constater. 

Cependant, les femmes ayant dépassé la quarantaine ont encore du mal à comprendre leurs droits et ce qu’elles peuvent faire pour se protéger. Il leur est difficile de témoigner des actes de harcèlement ou d’abus dont elles sont victimes et d’accéder à la protection qu’elles sont en droit d’obtenir. Toutefois, la jeune génération a une perspective différente : elle est plus au fait de ces problèmes et s’exprime plus facilement contre le harcèlement et la violence sexuels. Les jeunes d’aujourd’hui sont plus enclins à revendiquer leurs droits et à promouvoir une société égalitaire entre les sexes.

La difficulté est que les médias sociaux sont une arme à double tranchant dans cet espace. Les femmes et les filles peuvent s’informer de leurs droits, trouver leur voix et une plateforme... Mais les plateformes de médias sociaux sont aussi un moyen fréquent de harcèlement, pouvant mener au viol.

Vous êtes l’un des rares hommes à la tête d’une organisation venant en aide aux femmes. Comment voyez-vous l’évolution de l’attitude masculine et que peuvent faire les hommes et les garçons pour contribuer à l’instauration d’un monde égalitaire entre les sexes ?

Jaded Chouwilai : Nous avons constaté, à la suite d’un sondage, que 60 pour cent des hommes pensent encore que les travaux ménagers sont réservés aux femmes. Les hommes de plus de 45 ans en particulier considèrent que les femmes doivent être femmes au foyer à tout moment, selon l’idée qu’il s’en font, et que leur rôle est de faire le ménage et de s’occuper des enfants.

Mais les hommes plus jeunes ont une opinion différente, notamment sur les tâches ménagères. Cela peut s’expliquer en partie par le nombre croissant de garçons qui sont fils uniques, le taux de natalité ayant baissé en Thaïlande. Les enfants de ces ménages effectuent leur part des tâches, quel que soit leur sexe.

Pour que les hommes et les garçons contribuent à un monde égalitaire, ils doivent d’abord accepter que [l’inégalité] entre les sexes les concerne aussi. À travers l’exemple des tâches ménagères, notre organisation tente de rendre la question du genre plus tangible. Si les hommes sont capables de changer d’attitude, en commençant par exemple par les tâches domestiques, cela les aidera à modifier leurs autres comportements.

Notre organisation a aidé plusieurs hommes à réduire leur consommation d’alcool et à accroître leur participation aux travaux ménagers. Ils ont réussi à comprendre que leur comportement abusif envers leur conjointe était dû en grande partie à leur problème d’alcool. Et ils ont également réalisé l’ampleur des tâches dans un foyer et la responsabilité qu’elles entraînent, particulièrement lorsqu’une personne doit en même temps exercer une activité rémunérée en dehors du foyer.



Il s’agit d’une série éditoriale spéciale pour la campagne « Génération Égalité » d’ONU Femmes. Cette série met en relation de jeunes défenseurs des droits des femmes et d’autres militants de longue date et aborde les questions d’actualité sous un angle intergénérationnel.