Où je me tiens : « L’absence de criminalisation pénale des violences domestiques au Kazakhstan est néfaste pour les femmes pendant la pandémie de COVID-19 »

Date : jeudi 9 avril 2020

Dina Smailova, militante bien connue au Kazakhstan, a récemment discuté avec ONU Femmes de la hausse des signalements de violences domestiques depuis l’introduction des mesures de confinement pour endiguer la propagation du virus COVID-19. Alors que 4 milliards de personnes à travers le monde sont confinées chez elles, de nombreuses femmes se retrouvent en situation d’isolement avec un partenaire abusif, incapables d’accéder à des ressources vitales et à des systèmes de soutien. Dans certains pays, les lignes d’assistance ont enregistré plus de 30 pour cent d’augmentation des appels.

Dina Smailova holds a bouquet with the sign “Don’t keep silent”. The money from the sales of these bouquets were donated to her fund. Photo: Almat Mukhamedzhanov
Dina Smailova. Photo: Almat Mukhamedzhanov
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Au Kazakhstan, on compte actuellement plus de 650 cas déclarés de coronavirus et six décès. La situation est difficile et les femmes sont aux premières lignes de ce combat. Elles travaillent dans les pharmacies, les magasins et les hôpitaux, où elles sont en contact permanent avec des gens, ce qui leur fait courir, à elles-mêmes et leur famille, un risque élevé d’infection.

Avant le confinement, notre service d’assistance téléphonique recevait des appels principalement de survivantes de violences sexuelles. Nous recevions aussi des appels concernant des cas de violence domestique, mais à un degré moindre. Au cours de la première semaine du confinement, pour la première fois depuis plusieurs années, nous avons constaté une pause dans les appels. Mais une semaine plus tard, nous avons commencé à recevoir 10 à 15 appels par jour, presque tous provenant de femmes victimes de violences domestiques.

Nous nous trouvons dans une situation difficile. Auparavant, lorsque nous conseillions des survivantes de violences domestiques, nous les exhortions de le signaler à la police et la plupart des femmes suivaient nos recommandations. Mais désormais, seulement 2 femmes sur 10 sont disposées à déposer une plainte à la police. Les femmes rechignent à s’adresser à la police parce qu’elles vivent en situation d’isolement, parfois au sein de grandes familles, avec les parents de leur mari et d’autres membres de sa famille dans le même foyer. Elles savent aussi que la police n’arrêterait l’agresseur que pendant trois heures, après quoi il rentrerait chez lui [du fait que les violences domestiques sont dépénalisées au Kazakhstan].

Pendant le confinement, les tribunaux ne fonctionnent pas, les plaintes ne sont pas acceptées, les agresseurs ne sont pas isolés et les femmes doivent continuer à vivre avec leur agresseur. Nous avons dû suspendre plusieurs affaires. L’une d’entre elles portait sur une affaire de viol et nous aurions obtenu une audience. Elle est maintenant reportée jusqu’à la fin du confinement. Le report ou le retard de ce type d’affaires est toujours risqué car entre-temps, tout peut arriver : l’auteur du délit peut verser un pot-de-vin, des documents peuvent être égarés...

Pendant ce temps, toute personne enfreignant les règles du confinement est immédiatement mise en détention pendant 10 à 15 jours. C’est la raison pour laquelle j’ai récemment exhorté notre président à renforcer les sanctions imposées aux agresseurs pendant le confinement.

Un autre exemple est l’affaire de la célèbre escrimeuse kazakhe, Tamila Muridova. Depuis deux ans, Tamila est victime de violences domestiques sous les coups de son partenaire intime, lui aussi un athlète. Elle a tenté de rompre avec lui à plusieurs reprises, mais à chaque fois son partenaire l’a pourchassée. La dernière fois qu’elle a été battue et violée, son amie est allée déposer une plainte à la police. Maintenant, en raison du confinement dû au COVID-19, l’affaire est reportée à plus tard et l’agresseur est en liberté.

L’absence de criminalisation pénale des violences domestiques au Kazakhstan porte préjudice aux femmes pendant la pandémie du COVID-19. Or si, par exemple, la violation d’une ordonnance conservatoire par l’agresseur était immédiatement érigée en infraction pénale s’accompagnant d’une peine plus longue, je pense qu’il en irait autrement. »



ODD 5 : Égalité entre les sexes

Dina Smailova est connue au Kazakhstan pour ses actions indéfectibles de plaidoyer en faveur de la justice pour les survivantes de violences sexuelles. Elle dirige le mouvement NeMolchi (Ne te tais pas), qui a ouvert un dialogue public sur les violences sexuelles et fournit un soutien juridique gratuit aux survivantes. NeMolchi a accepté plus de 120 affaires au cours des deux dernières années, dont 47 ont abouti à des condamnations pour viol. Son équipe a également contribué à renforcer la loi sur les violences sexuelles, qui est entrée en vigueur le 11 janvier 2020. Depuis l’introduction des mesures de confinement dû au COVID-19 au Kazakhstan, Smailova constate une flambée alarmante des cas de violences domestiques. Cliquez pour en savoir plus sur l’intensification de la pandémie qui se déroule dans l’ombre de la violence faite aux femmes et aux filles pendant la crise du COVID-19 et sur ce que vous pouvez faire pour aider à l’enrayer.

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