Cinq femmes en première ligne face au COVID-19

Date : mardi 28 avril 2020

Article initialement publié sur Medium.com/@UN_Women

Au fur et à mesure que la crise s’étend, la vie des femmes et des filles change.

Pendant que certains domaines propres à la vie professionnelle ou personnelle sont en suspens, d’autres sont soumis à une tension accrue et sont face à de nouveaux défis.

Des millions de femmes à travers le monde comptent parmi les travailleurs essentiels qui figurent en première ligne face au COVID-19.

À l’échelle mondiale, les femmes constituent la majorité des travailleurs du secteur de la santé et de l’action sociale.

Près d’une femme sur trois travaille dans le domaine de l’agriculture et les femmes accomplissent trois fois plus de soins non rémunérés que les hommes au sein des ménages. 

De l’agriculture aux services de premiers soins en passant par tout ce qui se trouve entre ces deux domaines, le rôle surdimensionné qu’endossent les femmes contribue à assurer la sécurité et la résilience de leurs communautés face au COVID-19.

Voici le récit de cinq femmes qui se trouvent en première ligne face au COVID-19. Joignez-vous à ONU Femmes pour les remercier de leurs services.

Assurer la sécurité des femmes grâce à des technologies innovantes en Jordanie

Les assistantes de terrain d’ONU Femmes Amal Al Mahayrah (à gauche) et Hadeel Dabaibeh (à droite) passent leurs journées à contacter et à informer les femmes jordaniennes et réfugiées syriennes vulnérables par téléphone. Photo : ONU Femmes
Les assistantes de terrain d’ONU Femmes Amal Al Mahayrah (à gauche) et Hadeel Dabaibeh (à droite) passent leurs journées à contacter et à informer les femmes jordaniennes et réfugiées syriennes vulnérables par téléphone. Photo : ONU Femmes

Amal Al Mahayrah et Hadeel Dabaibeh ne sont pas étrangères aux réponses aux crises. En tant qu’assistantes de terrain en Jordanie, elles fournissent quotidiennement des services urgents essentiels à la survie des femmes jordaniennes et des réfugiées syriennes vulnérables. La lutte contre la pandémie du coronavirus comporte désormais une dimension personnelle depuis qu’elle a quitté les caravanes et les centres communautaires pour se retrouver dans les téléphones portables que les deux assistantes tiennent dans le creux de leur main.

Assise à son bureau, Amal Al Mahayrah appelle Siham Alqatameen, une femme de 54 ans vivant à Ein Albaida, dans le sud de la Jordanie. Amal Al Mahayrah informe son interlocutrice par téléphone de l’existence d’une aide psychologique et psychosociale et lui communique des informations fiables relatives à la prévention contre le COVID-19 et aux services y afférents.

Siham Alqatameen compte parmi plus de 800 bénéficiaires contactées quotidiennement de manière proactive depuis le début de la crise par les assistantes de terrain d’ONU Femmes fournissant des services et ressources par l’intermédiaire de leurs téléphones portables.

Les technologies du numérique se sont révélées être un outil indispensable dans le maintien continu des services fournis aux femmes et aux réfugiées en Jordanie au cours de la crise ; un service d’assistance téléphonique d’urgence a également été mis à la disposition des femmes victimes de violence basée sur le genre 24 heures sur 24, et ONU Femmes utilise son système de paiement innovant au moyen de la technologie blockchain afin de continuer à verser des fonds aux réfugiées syriennes. Chaque réfugiée dispose d’un compte lié à blockchain, elle-même connectée à un système d’identification de l’iris mis en place dans les supermarchés par le Programme alimentaire mondial afin de permettre aux réfugiées d’accéder à leur argent sans interruption et d’acheter des aliments et des produits de première nécessité en toute sécurité pendant leur confinement.

Se mobiliser auprès des services publics dans la Chine rurale

Yan Shenglian au poste de contrôle de son village au cours de l’épidémie de COVID-19. Photo : ONU Femmes/Feng Xinlin
Yan Shenglian au poste de contrôle de son village au cours de l’épidémie de COVID-19. Photo : ONU Femmes/Feng Xinlin

Yan Shenglian se tient fièrement derrière le poste de contrôle de son village rural de Xiaruoyao, dans la province de Qinghai, au nord-ouest de la Chine. Yan Shenglian vérifie la température corporelle des personnes qui entrent et sortent du village et note les informations relatives à leurs véhicules. Elle joue un rôle essentiel dans la réduction de la propagation du nouveau coronavirus, même si cela est nouveau pour elle ; Yan Shenglian compte parmi les nombreuses femmes sans expérience médicale qui se sont mobilisées pour lutter contre le COVIF-19 en Chine.

Yan Shenglian est éleveuse de porcs de métier et il n’y a pas si longtemps, elle, comme bon nombre de femmes de son village, pensait qu’il revenait aux hommes de participer aux affaires publiques. Après avoir participé à plusieurs formations professionnelles en 2019, elle a changé d’opinion.

Yan Shenglian a appris comment produire un élevage de porcs biologique, a découvert comment vendre son cheptel sur des plateformes en ligne et a reçu une formation en leadership.

« Même si certains hommes ne veulent pas l’admettre, ils imitent et s’inspirent silencieusement de mes méthodes », dit-elle. Ses aptitudes ne sont plus remises en question, dit-elle, et son village est désormais plus à même d’accepter que les femmes prennent l’initiative au sein de leur communauté.

Yan Shenglian rend un service indispensable et se mobilise pour contenir la propagation du COVID-19 à la fois en tant qu’agricultrice et en tant que volontaire auprès de sa communauté.

Cliquez ici pour en savoir plus sur les agricultrices des régions rurales qui s’engagent dans la lutte contre le COVID-19 en Chine.

Diriger les efforts de dépistage du coronavirus au Népal

La Dre Runa Jha dans son bureau. Crédit photo : Runa Jha.
La Dre Runa Jha dans son bureau. Crédit photo : Runa Jha.

La Dre Runa Jha est pathologiste en chef et directrice de l’unique laboratoire autorisé à effectuer des tests de dépistage du COVID-19 au Népal. Elle et son équipe testent environ 70 échantillons par jour. Ceux-ci arrivent à des intervalles irréguliers et nécessitent de travailler 24 heures sur 24.

« Il est à présent normal de rester tard le soir au laboratoire. En plus du travail technique, je dois aussi gérer les aspects logistiques, notamment l’organisation du transport et des repas pour mon équipe. », dit-elle.

Runa Jha a pour priorité essentielle de prendre soin de son équipe. Tout a commencé à la mi-février, lorsque son équipe a été la première à pénétrer dans un centre de quarantaine qui accueillait 175 étudiants népalais rapatriés de Wuhan, en Chine.

« Mon équipe n’a pas hésité à se porter volontaire pour prélever des échantillons... Tous ont répondu présents. Nous avons travaillé toute la nuit et produit 175 rapports le lendemain », confie-t-elle.

Plusieurs mois après le début de la pandémie, le travail ne perd rien de son intensité. Runa Jha fait de son mieux pour soutenir et remonter le moral de ses collègues. « C’est une période très difficile pour nous et je dois continuer à les motiver. Je leur parle dès que je sens une baisse dans leur moral. Je leur dis que leur sécurité est notre priorité », affirme-t-elle.

Les exigences liées à son travail sont éprouvantes pour elle aussi. Elle vit seule, séparée de sa fille et de son mari, de peur de mettre leur vie en danger en les contaminant. Elle ne peut pas non plus rendre visite à ses parents, qu’elle avait l’habitude de voir trois fois par semaine.

« Je voudrais prendre ma fille dans mes bras et prendre soin de mes parents, mais ce sacrifice est nécessaire pour préserver leur santé et celles des autres », dit Runa Jha.

Cliquez ici pour en savoir plus sur le leadership de Runa Jha dans le cadre de la lutte contre le COVID-19 au Népal.

Soutenir les survivantes au Kazakhstan

Dina Smailova tient un bouquet muni d’une pancarte « Ne restez pas silencieux ». L’argent de la vente de ces bouquets a été reversé au fonds qu’elle a créé. Photo : Almat Mukhamedzhanov
Dina Smailova tient un bouquet muni d’une pancarte « Ne restez pas silencieux ». L’argent de la vente de ces bouquets a été reversé au fonds qu’elle a créé. Photo : Almat Mukhamedzhanov

Avant la quarantaine, le service d’assistance téléphonique assuré par le mouvement NeMolchi (Ne restez pas silencieux) au Kazakhstan recevait principalement des appels de la part de victimes de violences basées sur le genre. Désormais, le téléphone sonne 10 à 15 fois par jour et presque tous les appels émanent de femmes victimes de violence conjugale.

En raison des mesures de confinement mises en place pour réduire la propagation du virus, les femmes en couple avec des partenaires violents se trouvent de plus en plus dans des situations d’isolement sans aucun accès aux personnes et ressources en mesure de les aider.

« Les femmes sont réticentes à se rendre au poste de police parce qu’elles vivent isolées, parfois au sein de grandes familles, avec les parents de leur mari et autres membres de la famille dans la même maison », dit Dina Smailova, leader du mouvement NeMolchi et activiste connue au Kazakhstan.

Ces deux dernières années, NeMolchi a fourni un soutien juridique gratuit à 120 femmes, qui a abouti à des condamnations pour viol dans 47 cas. Mais la crise du COVID-19 pose de nouvelles difficultés qui inquiètent Dina Smailova. « Pendant la quarantaine, les tribunaux sont fermés, les plaintes ne sont pas acceptées, les agresseurs ne sont pas mis à l’écart et les femmes sont contraintes de continuer à vivre avec ces derniers », explique-t-elle.

Malgré ces circonstances difficiles, Dina Smailova continue de demander justice et d’exiger des politiques qui protègent mieux les femmes. « Le fait que la violence conjugale ne constitue pas un délit au Kazakhstan nuit aux femmes pendant la crise du COVID-19. Si la violation d’un ordre de protection par l’agresseur devenait immédiatement un délit aboutissant à une condamnation plus sévère, je pense que cela ferait toute la différence », dit-elle.

Pour en savoir plus sur la manière dont Dina s’engage aux côtés des survivantes pendant la pandémie de coronavirus, lisez son entretien complet.

Maintenir l’espoir pour la communauté des Caraïbes

Ryancia Henry. Crédit photo : Ryancia Henry.
Ryancia Henry. Crédit photo : Ryancia Henry.

Lorsque l’hôtel de Californie pour lequel travaillait Ryancia Henry en tant que responsable de l’entretien ménager a fermé en raison de l’épidémie de COVID-19, Ryancia Henry a appelé sa mère à Antigua-et-Barbuda. « Rentre (à la maison) tout de suite », lui a dit sa mère, presque en larmes. « Je veux que tu sois en sécurité. »

Mais l’interruption des vols internationaux vers les îles a rendu impossible tout retour dans son pays. Elle est donc restée seule aux États-Unis.

Ryancia Henry compte parmi les millions de travailleurs actuellement sans emploi, et elle réfléchit à l’incidence qu’aura la crise sur sa vie, son personnel, sa famille et ses amis dans le long terme. Comme de nombreux travailleurs migrants, elle porte la lourde charge de devoir aider sa famille restée au pays financièrement.

« Les répercussions financières sur le seul secteur hôtelier sont alarmantes... Je m’inquiète pour moi-même dépendant de la durée de la crise, je me demande quelles décisions je dois prendre pour m’assurer une certaine sécurité financière et je m’inquiète tout autant pour mon équipe. J’envoie un peu d’argent chez moi, pour aider ma mère. Je m’inquiète de ne pas pouvoir continuer à effectuer certains paiements », confie Ryancia Henry.

Et ses soucis ne s’arrêtent pas là. Elle s’inquiète également pour son île. « Je m’inquiète pour les petits pays qui ne disposent que de ressources limitées pendant la crise du COVID-19. Le tourisme représente le premier secteur d’activité économique d’Antigua. Avec la fermeture des hôtels et des aéroports, ce secteur, dont l’île dépend, s’est pour ainsi dire arrêté », dit-elle.

Cependant, alors qu’elle respecte le maintien d’une distance physique et qu’elle reste chez elle pour arrêter la propagation du virus, Ryancia Henry garde espoir. Elle prend des nouvelles de sa famille, échange des messages d’entre-aide sur les réseaux sociaux et discute des meilleures pratiques à suivre avec ses amis et contacts dans le secteur de l’hôtellerie à Antigua-et-Barbuda.

« Je sais combien les habitants de l’île sont résilients. Je suis née sur une île : l’hospitalité et la résilience sont dans notre ADN. »

Pour en savoir plus sur la manière dont la pandémie affecte les femmes dans l’industrie du tourisme et l’hôtellerie et les travailleurs migrants, lisez l’entretien complet de Ryancia.