Dans les oasis marocaines, des femmes regardent les plantes et leurs revenus croître

Un groupement de femmes vivant dans des oasis marocaines a trouvé une manière unique de gagner de l’argent et d’atténuer les effets des changements climatiques sur leur environnement en cultivant des plantes médicinales et aromatiques à l’aide d’énergie renouvelable.

Date : jeudi 17 septembre 2015

Au beau milieu d’étendues de sable et de roche, le paysage aride du désert laisse la place à un splendide écrin de verdure. Les oasis sont des sanctuaires naturels autour desquels se forment des communautés, qui fournissent une eau rare, de la nourriture et une protection contre un milieu hostile.

Un groupe de femmes assiste à une formation à l’oasis de Serkla, Guelmima. Photo: UN Women Morocco.

Plus d’une centaine de femmes vivant dans des oasis de la province d’Errachidia, dans le Sud-est marocain, ont trouvé une manière unique d’atténuer les effets des changements climatiques sur leur environnement en cultivant des plantes aromatiques et médicinales (PAM). Avec le soutien du Programme Oasis du Tafilalet du PNUD et de la Coopération suisse, ONU Femmes a organisé des ateliers sur la culture des PAM à l’aide d’énergie renouvelable, et favorisé par la même occasion le travail des femmes. La création d’un groupement d’intérêt économique a permis à celles-ci d’apporter leur production au marché de façon plus organisée.

Des femmes comme Atiqa Jorfi, vice-présidente de l’association Aftawik basée dans la communauté rurale de Ghriss Essoufli, en Errachidia, ont acquis leur autonomie grâce à la production et à la commercialisation de ces récoltes dans les oasis, qui constituent un rempart naturel contre la désertification mais qui sont susceptibles de se dégrader en raison des changements climatiques. 

« C’est notre passion pour les plantes qui nous a encouragées à poursuivre notre installation en ce lieu qui nous est cher », explique Mme Jorfi. Elle explique que son travail dans les PAM lui a donné davantage confiance en elle, et qu’elle a remarqué que les autres femmes participant à cette initiative se sentaient plus autonomes au sein de leur communauté.

Les femmes comprennent que la protection des oasis est cruciale, non seulement pour leur importance écologique, mais aussi pour leur valeur économique, puisque 90 pour cent de l’activité économique des oasis proviennent de l’agriculture. Les plantes aromatiques et médicinales génèrent des bénéfices plus élevés que les cultures traditionnelles. De plus, elles ont démontré leur capacité à supporter le rude climat local, et elles n’ont besoin que de peu d’eau.

Les populations qui vivent dans les oasis ont vu la dégradation des sols et la rareté de l’eau, conséquences des changements climatiques, mettre en péril leurs moyens de subsistance. Il peut en résulter ensuite une expansion du désert avoisinant. Les femmes sont particulièrement vulnérables du fait de la répartition inégale des rôles, des ressources et du pouvoir entre les femmes et les hommes.

Afin de surmonter cette vulnérabilité, les membres féminins de l’Association Annama ont pu renforcer leurs moyens de subsistance grâce à ce projet. Fondé en 2012, ce groupement a commencé par acquérir un hectare de terres pour y planter des graines et a décidé d’utiliser l’irrigation au goutte-à-goutte et une pompe à énergie solaire pour cultiver ses plantes de la manière la plus durable possible. Leur histoire est celle d’une réussite : en deux ans à peine, elles ont vu leurs revenus augmenter, ce qui leur a permis d’ouvrir leurs propres comptes bancaires et d’accéder ainsi à leur indépendance financière. 

Membres de l’association Annama collectent des plantes aromatiques et médicinales. Photo: UN Women Morocco

Les résultats de ce projet ont largement dépassé les attentes. Le plus notoire est que ce groupement d’intérêt économique rassemble aujourd’hui 12 coopératives et 15 ONG qui soutiennent la production et la commercialisation des herbes cultivées par les femmes. Plus de 100 femmes de huit oasis différentes ont déjà participé à des formations et vu leurs revenus augmenter. Après deux ans seulement, l’Association Annama a pu acheter un deuxième hectare de terres pour poursuivre la culture de PAM, et elle espère pouvoir acquérir encore d’autres champs. Elle espère aussi faire profiter de son expérience d’autres ksour, quartiers et villages.

En poursuivant la production de PAM de manière durable, non seulement les femmes d’une autre oasis, à Tizagharine, peuvent gagner leur vie, mais elles contribuent également à la résilience de l’écosystème de l’oasis, afin qu’il résiste mieux aux menaces que représentent la désertification croissante et les changements climatiques.

Massaôudi Lkbira, présidente de l’Association Annama, affirme que ces femmes travaillent dur, « elles se battent pour une vie plus digne ». Personne n’aurait cru, il y a deux ans, que ces femmes, dont seulement trois savaient lire et la plupart n’étaient jamais sorties de la ville d’Errachidia, auraient la possibilité de déménager et de participer à des ateliers et des réunions, et gagneraient en confiance chaque jour qui passe.

« Ce projet a démontré que les femmes rurales disposent d’un savoir-faire ancestral inestimable et peuvent être décrites comme les gardiennes de la diversité agricole », dit Leila Rhiwi, Représentante d’ONU Femmes au Maghreb. « Cela prouve à quel point il est important de continuer à promouvoir leur participation à la formulation, la planification et la mise en œuvre des politiques environnementales, mais nous devons aussi redoubler d’efforts pour protéger leur droit à l’environnement. Le développement durable, dans le cadre des changements climatiques, ne sera pas possible sans la pleine participation des femmes ».