Où je me tiens : « J’ai lancé Thaiconsent pour introduire le concept de consentement »

En Thaïlande, les femmes refusent désormais de garder le silence et de coexister avec la culture du viol. Lancée en 2015 par une jeune activiste, la campagne ThaiConsent ouvre des espaces aux hommes et aux femmes pour parler du consentement.

Date : mardi 13 novembre 2018

Nana Wipaphan Wongsawang. Foto: Prachaya Phetvisit
Nana Wipaphan Wongsawang. Foto: Prachaya Phetvisit
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Il y a cinq ans, mon ami a tenté de me violer au cours d’une soirée. Le lendemain matin, lui et moi avons fait comme s’il ne s’était rien passé. Je me suis persuadée de laisser les choses telles quelles, qu’il était un type bien… hormis le fait qu’il avait essayé de me violer.

Mais je n'ai pas pu me défaire du sentiment que j’avais été utilisée…

L’année suivante, une de mes amies m’a dit qu’un gars qu’elle connaissait avait tenté de la violer. Je l’ai encouragée à aller au poste de police et je lui ai proposé de l’accompagner. Après avoir aidé mon amie à s’y retrouver dans la procédure judiciaire, j’ai croisé de plus en plus de personnes avec des récits similaires. Mes amies et moi avons réalisé que nous connaissions au moins 7 à 10 femmes victimes d’un viol commis par quelqu’un de leur entourage (soit quelqu’un qu’elles connaissaient). J’ai trouvé cela inacceptable.

À cette époque, l’expression « culture du viol » existait déjà dans la société thaïlandaise, mais l’idée selon laquelle un viol peut être commis, y compris sans blessures corporelles et appels à l’aide, et laisser des séquelles émotionnelles et psychologiques, n’était pas comprise.

En 2015, j’ai lancé le projet Thaiconsent pour introduire le concept de « consentement » dans la culture thaïlandaise. Ce projet a ouvert la voie à de véritables discussions sur le sexe et le consentement en Thaïlande. Aujourd’hui, la page Facebook compte plus de 40 000 abonnés, près de 400 récits anonymes ont été partagés et plus de 30 artistes se sont portés volontaires pour nous aider.

Pour moi, l’illustration est l’outil le plus puissant de sensibilisation du public sur ce que sont des relations sexuelles consenties. J’ai étudié le design en communication visuelle. Et maintenant, je mets à profit mes compétences en design visuel en illustrant les témoignages apportés par nos lecteurs. J’ai placé l’empathie au centre de notre projet d’illustration parce que je crois que comprendre les sentiments et les difficultés des victimes est la première étape pour résoudre les problèmes.

Ce n’est que lorsque tous les Thaïlandais se sentiront capables de dire « oui » ou « non » au sexe, et que la frontière entre « oui » et “non » sera clairement respectée que notre travail sera terminé. »



ODD 5 : Égalité entre les sexes

Nana Wipaphan Wongsawang, âgée de 25 ans, est la fondatrice de Thaiconsent qui exhorte les gens à faire la distinction entre rapports sexuels « consentis » et « non consentis ». Elle prend la parole dans le cadre des conférences E.Quality, organisées par le bureau régional d’ONU Femmes en Asie et dans le Pacifique à l’occasion de la campagne « 16 Jours d’activisme contre la violence faite aux femmes ». Son travail contribue à la réalisation de l’Objectif de développement durable 5 qui vise à promouvoir l’égalité des sexes et à mettre fin à la violence à l’égard de toutes les femmes et les filles.