Le micro est à : La parole est aux femmes actives en première ligne dans la lutte contre la violence à l’égard des femmes pendant la COVID-19

Date : mercredi 18 novembre 2020

La pandémie du coronavirus est bien davantage qu’une crise sanitaire. C’est une crise humaine qui risque d’inverser des décennies de progrès réalisés sur le plan des droits des femmes et de l’égalité des sexes. La crise fait payer un tribut encore plus lourd aux femmes et aux filles autour du monde qui doivent faire face à une augmentation alarmante de la violence basée sur le genre.

Pour la période des 16 jours d’activisme contre la violence basée sur le genre (du 25 novembre au 10 décembre), l’appel des Nations Unies « Orangez le monde » s’accompagne du cri de ralliement « Financez, répondez, prévenez et collectez » -- soit combler les manques en matière de financement, assurer une fourniture de services essentiels aux survivantes de la violence, se concentrer sur la prévention et recueillir les données nécessaires pour adapter et améliorer les services d’aide vitale aux femmes et aux filles.

Et qui est mieux placé que les femmes menant des activités en première ligne pour nous informer des besoins sur le terrain ? Cette année, nous leur passons le micro.

De concert avec ONU Femmes, nos partenaires des Nations Unies œuvrent pour mettre fin à la violence à l’égard des femmes et des filles. Écoutez les récits de dirigeantes participant à des programmes des Nations Unies mis en œuvre dans de nombreux pays, du Kosovo jusqu’au Kenya : elles mettent en évidence ce dont elles ont besoin pour mettre fin à l’escalade de la violence, dépasser la crise de la COVID-1 puis reconstruire sur de nouvelles bases.

Apporter une réponse adéquate en matière de justice pénale

« Nous traversons une situation difficile. [Les survivantes de la violence domestique] ne veulent pas faire de déclaration à la police parce qu’elles vivent isolées, ou

Dina Smailova holds a bouquet with the sign “Don’t keep silent”. The money from the sales of these bouquets were donated to her fund. Photo: Almat Mukhamedzhanov
Dina Smailova. Photo: Almat Mukhamedzhanov
parfois au milieu d’une famille nombreuse dans la même maison où vivent les parents de leur mari et d’autres membres de la famille. Elles savent aussi que la police arrêtera l’agresseur pendant trois heures seulement et que celui-ci retournera chez eux après.

 

Le fait que la violence domestique ne constitue pas une infraction pénale au Kazakhstan pénalise les femmes pendant la crise de la COVID-19. Si, par exemple, la violation d’une ordonnance de protection par l’agresseur devenait immédiatement une infraction pénale débouchant sur une peine plus longue, il me semble que cela ferait une différence. »

Dina Smailova est connue au Kazakhstan pour son plaidoyer indéfectible en faveur de la justice pour les survivantes de la violence sexuelle. Elle dirige le mouvement NeMolchi (Ne garde pas le silence), qui a initié un dialogue public sur la violence sexuelle et fournit un soutien juridique gratuit aux survivantes. Elle s’est entretenue avec les représentantes d’ONU Femmes en avril dernier, peu de temps après l’apparition de la COVID-19 au Kazakhstan.

Écoutez des femmes ayant à affronter des formes conjuguées de discrimination

Norberta V. Soares da Cruz. Photo:  UN Women/Helio Miguel
Norberta V. Soares da Cruz. Photo: ONU Femmes/Helio Miguel

« En tant que femme en situation de handicap et à travers mon travail, je constate que les principaux problèmes pour les personnes vivant avec un handicap [pendant la pandémie] sont l’accès à l’information et la satisfaction de leurs besoins fondamentaux. Les personnes affectées par certaines limitations physiques dépendent d’un personnel soignant ou de membres de leur famille, qui pourraient ne pas être disponibles ou leur apporter un soutien... La majorité des personnes que nous avons interviewées ont révélé qu’elles avaient subi de la violence et de la discrimination de la part de leur famille et de leur communauté. »

« [Nous devons] présenter les préoccupations et la voix des personnes souffrant d’un handicap dans les discussions qui se tiennent dans la communauté et au gouvernement. Nos voix ont leur importance. Nous sommes toutes et tous ensemble dans cette situation, et nous allons la surmonter ensemble. »

Norberta Soares da Cruz est directrice intérimaire du Réseau communautaire de réadaptation du Timor-Leste (CBRNTL), une organisation basée à Dili qui milite en faveur de soins de santé, de la réadaptation, de l’éducation et d’autres services aux personnes en situation de handicap. Elle est membre bénévole du Groupe de référence de la société civile nationale Initiative Spotlight financé par l’Union européenne et les Nations Unies au Timor-Leste.

Augmenter le nombre de femmes en position de leadership

Her Excellency Vjosa Osmani is a Doctor of Legal Sciences, former professor and mother of two girls. Photo: Office of the Assembly President
Vjosa Osmani. Photo: Office of the Assembly President of Kosovo

« Les dirigeantes du monde entier ont démontré qu’elles étaient capables de gérer la pandémie convenablement. Lorsque les femmes occupent des fonctions de haut niveau dans la sphère politique ou étatique, elles contribuent à l’adoption de politiques plus équilibrées, plus sensibles à la dimension du genre, plus respectueuses de l’environnement et plus avant-gardistes », déclare-t-elle. Ce n’est que grâce à une telle approche à l’égard de la formulation de politiques que nous aurons une chance d’atteindre les Objectifs de développement durable et d’en faire une véritable #DécennieDelAction et #GénérationÉgalité.

Vjosa Osmani est la première présidente d’assemblée au Kosovo et a été louée pour son leadership pendant la crise de la COVID-19 dans son pays. En juin 2020, Mme Osmani s’est entretenue avec les représentantes d’ONU Femmes sur l’importance du leadership des femmes, en particulier pendant la pandémie de la COVID-19 en cours.

Écoutez les filles, débloquez les opportunités

Oumou Kalsoum Diop, 18, poses for a portrait with her video camera on the beach in Dakar. Photo: UNICEF/UNI363224/Tremeau
Oumou Kalsoum Diop,. Foto: UNICEF/UNI363224/Tremeau

« J’ai toujours rêvé de me familiariser avec les caméras, car depuis que j’étais petite, j’ai regardé des films sans savoir ce qui se passait derrière elles. J’ai toujours été curieuse de savoir qui se cachait derrière les caméras et ce que l’on faisait pour fabriquer ces images. » Oumou prend sa caméra et se rend dans la rue. Elle pointe le viseur de l’appareil vers des cadres qu’elle connaît bien. Elle anime des discussions de groupe avec des adolescents de sa communauté. Quand un jeune homme dans le groupe prévient les femmes qu’elles doivent se vêtir de manière sobre pour ne pas provoquer de violence sexuelle, Oumou reste ferme. « Peu importe ce qu’une femme porte comme vêtements, vous n’avez aucun droit de la violer », dit-elle.

Même avant que la pandémie de la COVID-19 ne les enferme chez elles, les stéréotypes sexistes verrouillaient de nombreuses filles, restreignant leurs perspectives futures, déclare le porte-parole de l’UNICEF. Oumou Kalsoum Diop, âgée de 18 ans, utilise sa caméra pour aider les jeunes femmes et les filles à s’exprimer contre le harcèlement sexuel et d’autres problèmes auxquels elles sont confrontées. Elle a toujours rêvé d’être cinéaste. Maintenant, comme étudiante à Summer Pencc, elle dispose d’outils et de possibilités pour présenter des questions pertinentes qui ont un impact direct sur le bien-être des filles à travers le monde. Pour en savoir plus sur les filles à travers le monde, visitez Teen. Girl. Activist.(Adolescente. Fille. Activiste).

Davantage d’aide pour les survivantes de la violence basée sur le genre

Sarah Nyajuok Guk Photo: UNHCR
Sarah Nyajuok Guk. Foto: HCR

« De retour dans mon pays [le Soudan du Sud], à cause de la culture qui veut qu’un gouvernement de femmes est toujours méprisé et que personne n’entend leur voix, j’ai décidé de travailler main dans la main avec toute organisation [qui soutient] les droits des femmes et qui entend leurs appels. Le problème de la violence domestique s’est beaucoup aggravé pendant le confinement. Celles qui s’adressent à nous disent que leur situation est plus dangereuse et qu’elles ne sont pas en sécurité parce que les malfaiteurs sont toujours présents. Nous voyons également venir vers nous des personnes victimes d’un mariage forcé. Les écoles ont été fermées et les parents ne veulent pas que leurs filles restent chez elles, et donc beaucoup de filles sont forcées de retourner dans leur région pour se marier. Je pense que davantage d’aide devrait être procurée aux survivantes, notamment à travers des centres pour les femmes. »

Sarah Nyajuok Gu. âgée de 24 ans, est une réfugiée du Soudan du Sud qui vit dans le camp de Kakuma, au Kenya. Elle travaille pour le Conseil danois pour les réfugiés, une organisation partenaire du HCR, en tant que conseillère pour la violence basée sur le genre. Comme le risque de la COVID-19 a atteint les camps de réfugiés, la nécessité de trouver des espaces sûrs et des services pour les femmes survivantes de violence domestique est devenue encore plus urgente. Découvrez la façon dont le HCR travaille avec les femmes et les filles réfugiées pendant la crise de la COVID-19.

Des services essentiels doivent parvenir aux femmes vivant avec le VIH

UNAIDS Goodwill Ambassador for the Middle East and North Africa, Yousra. Photo courtesy of UNAIDS
Yousra. Photo gracieuseté de ONUSIDA

« La COVID-19 nous a montré que la solidarité mondiale est possible, que nous pouvons gagner ensemble la lutte contre la stigmatisation et la violence. La violence contre les femmes et les filles constitue un crime et une violation des droits humains. De nombreuses femmes marginalisées confrontées à la violence, y compris celles vivant avec le VIH, ne peuvent pas dénoncer cette violence ou demander un secours. Chacun de nous a le devoir de surveiller toutes celles qui pourraient être exposées à un risque de la violence basée sur le genre. »

Yousra, une actrice et chanteuse égyptienne, a été ambassadrice itinérante de l’ONUSIDA pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord depuis 2016. Dans ses fonctions, elle s’attache à promouvoir la riposte au sida dans la région, dans laquelle certains pays ne disposent pas de services essentiels pour les survivantes de la violence, surtout dans leurs régions rurales. Là où les services existent, il n’est pas toujours facile d’atteindre les personnes qui en ont besoin, et la police et le système judiciaire ne donnent souvent pas la priorité aux questions relatives à la violence basée sur le genre. L’ONUSIDA s’emploie à prévenir la violence basée sur le genre, en accordant un soutien aux survivantes et en sensibilisant les populations aux risques que doivent affronter les femmes et les filles, ainsi qu’à la façon de contrer ce type de violence.

Davantage de partenariats pour l’autonomisation des femmes

Maryna Saprykina. Photo: © CSR Ukraine
Maryna Saprykina. Foto: RSE Ukraine

« La RSE de l’Ukraine s’efforce d’instaurer l’égalité des sexes en Ukraine [en augmentant le nombre de filles s’engageant dans les professions des sciences, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques (STIM), en incitant les entreprises à prendre en compte l’égalité des sexes, et en prévenant la violence domestique... Notre travail est d’une importance cruciale actuellement, à un moment où les confinements et les quarantaines provoquées par la pandémie ont une incidence sur le bien-être des filles et des femmes. Pour que la situation change, nous avons besoin d’un plus grand nombre de partenariats – entre les entreprises, les agences publiques, les organisations non gouvernementales et [entre] les pays, afin que l’égalité des sexes devienne une nouvelle norme dans notre vie et nos affaires. »

Maryna Saprykina est la chef du Conseil pour la RSE de l’Ukraine. Le FNUAP travaille avec des partenaires tels que la RSE pour poursuivre les programmes de plaidoyer et d’autonomisation en faveur des femmes et des filles, malgré les confinements.

Garantir la santé et la dignité des femmes migrantes

« L’une des premières choses qu’une femme perd lorsqu’elle émigre de manière non régulière est l’accès à [l’assainissement].., par exemple, à une douche et aux articles de toilette. Ces conditions se sont aggravées en raison de la situation d’urgence sanitaire provoquée par la COVID-19... les femmes doivent avant tout obtenir de la nourriture et de l’eau, plutôt que de se préoccuper de produits de soins personnels. Les éléments fournis dans les trousses de dignité, tels que les serviettes hygiéniques, sont des éléments essentiels pour les migrantes, car ils leur permettent de rester dignes dans les situations les plus dures et de garantir la prise en charge de leurs soins personnels elles-mêmes. La migration dans la région est devenue un phénomène qui continue à causer de la souffrance à de nombreuses femmes... J’ai été témoin une fois d’une fille qui se trouvait à la frontière dans un des refuges pour les migrants et qui est restée dans son lit, ce qui m’a fait penser qu’elle souffrait d’un handicap. Je me suis rendu compte après que la fille avait ses règles, et qu’elle ne pouvait pas se lever parce qu’elle n’avait pas de serviettes hygiéniques, et qu’elle était sur un sac en plastique que sa mère avait placé sous elle pour recueillir le flux sanguin. »

Dildar Salamanca a travaillé comme membre de l’équipe humanitaire du FNUAP en Colombie. Au cours des cinq dernières années, elle a travaillé le long de la frontière entre la Colombie et le Venezuala, dans une région où le FNUAP fournit des kits de dignité aux migrantes en visant à autonomiser les femmes migrantes et à préserver leurs droits et leur dignité.

Respectons les différentes identités, maintenant et toujours

Lo Kim Thuy. Photo: UN Women/Nguyen Minh Duc
Lo Kim Thuy. Photo: ONU Femmes/Nguyen Minh Duc

« Tout le monde a nié mon identité et, du même coup, mon existence même. J’ai gardé un vif souvenir de ce qui s’est passé. La fois où mon chef a sorti et m’a remis, par pitié, un billet de banque de 50 000 dongs vietnamiens (VND) le jour où l’on célébrait la Journée internationale des femmes, alors que d’autres femmes autour de moi allaient avoir l’honneur de recevoir chacune un billet encore neuf de 500 000 VND. C’était l’époque où il me fallait partager une pièce et vivre avec 12 personnes. C’était l’époque où j’ai subi des attouchements de manière inappropriée parce qu’ils ne pouvaient pas déterminer si j’étais un garçon ou une fille. Plus les gens refusent de m’accepter, plus je veux être moi-même. Même si je dois encore affronter tous les jours la stigmatisation et la violence, je vais devoir continuer à me battre pour les droits des personnes transgenres comme moi. »

Lo Kim Thuy est une activiste transgenre originaire du Vietnam, qui rêve d’organiser une marche des fiertés dans la communauté où elle a grandi. En partenariat avec les Nations Unies au Vietnam, elle œuvre en faveur d’un monde dans lequel chaque personne peut vivre sa vie honnêtement, avec reconnaissance et respect.

Mettre en vigueur des lois pour mettre fin au mariage des enfants

Samantha Carreras Martinez. Photo courtesy of Samantha Carreras Martinez.
Samantha Carreras Martinez. Photo gracieuseté de Samantha Carreras Martinez.

« Pendant la pandémie, les mariages d’enfants ont augmenté dans mon pays, la République dominicaine. J’ai vu des filles comme moi être mariées avec des hommes qui ont le double, voire le triple, de leur âge. Dans la plupart des cas, c’est le moyen de s’extraire d’environnements familiaux abusifs et de la pauvreté. Les filles pensent que si elles refusent de se marier ou si elles quittent l’homme, leurs conditions de vie vont empirer. Nous constatons déjà les conséquences de cette forme de violence : des grossesses parmi les adolescentes et des filles qui ne sont plus scolarisées. Nous avons besoin de lois interdisant le mariage des enfants, ainsi que de peines sévères à infliger aux personnes qui violent la loi. Nous avons aussi besoin d’institutions et de programmes éducatifs qui apportent un soutien aux filles. Autrement, nous ne pourrons pas mettre fin à ce cycle de violence et de pauvreté dans lequel les filles sont enfermées. »

Samanta Carreras Martinez est une activiste de Monte Plata, en République dominicaine, qui plaide la cause des filles. Elle a participé à des webinaires avec ONU Femmes portant sur l’engagement des filles en faveur de l’égalité des sexes, et à la conversation à cœur ouvert avec la Directrice exécutive d’ONU Femmes qui a eu lieu à l’occasion de la Journée internationale de la fille de 2020.