Où je me tiens : « Lorsque nous chantons, nous nous sentons libres »

Date : mercredi 8 août 2018

Mila Rodriguez plays the marimba, an instrument used in traditional Afro-Colombian music. Photo: UN Women/Ryan Brown

Mila Rodriguez est l’une des jeunes membres du Réseau Cantadora de Colombie, un groupe de chanteuses qui joue de la musique traditionnelle afro-colombienne pour préserver cette culture et promouvoir la paix. Soutenues par un programme d’ONU Femmes, les « Cantadoras » (ou Chanteuses) ont recruté des jeunes de la ville portuaire de Tumaco, où des décennies de conflit armé ont déchiré les communautés et où il reste encore une longue route à parcourir pour que la paix s’installe.

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Quand j’écoute le son du tambour, j’ai l’impression que c’est mon nom qu’il appelle. J’ai cette musique dans les veines.

Nous racontons de vraies histoires, celles de nos vies, à travers les paroles de nos chansons. Lorsque nous chantons, nous nous sentons libres.

Le fait d’appartenir au groupe les Cantadoras vous fait oublier les armes, parce que le temps libre que nous avions et le vide que nous ressentions avant dans notre vie est maintenant rempli, remplacé par la musique.

À Tumaco, le conflit n’est pas encore terminé pour nous. Il y a un accord de paix, c’est vrai, mais regardez autour de vous…

L’année dernière, au mois de juillet, il y a eu un affrontement entre la guérilla et l’armée. Deux jeunes gens sont morts ce jour-là, l’un était mon cousin, et l’autre un musicien que je connaissais. Tous les deux n’avaient qu’une vingtaine d’années. J’étais présente au cimetière et j’ai assisté à l’enterrement. Il y avait une femme à côté de moi. Un jeune garçon est entré au cimetière et lui a tiré dessus. Elle est tombée à mes pieds et elle est morte. Pendant les cinq minutes qui ont suivi, je suis juste restée là, sans bouger, pétrifiée par la peur ; puis j’ai couru. Voilà ma réalité.

Les jeunes gens de ma communauté ont besoin d’espaces où ils peuvent se sentir en sécurité, et aussi d’opportunités pour faire ce qu’ils aiment faire, du sport, de la musique, de la peinture ; ils ont surtout besoin de travailler. Ils n’ont pas la moindre occupation, et ils cherchent donc par tous les moyens à se faire facilement de l’argent. Je crois qu’au lieu de se munir d’un cahier ou d’un livre, ils se munissent d’une arme… ».

SDG 16: Peace, justice and strong institutions

Mila Mosquera Rodriguez, âgée de 18 ans, vit actuellement à Tumaco, une municipalité située sur la côte colombienne du Pacifique. Tumaco est connue pour être un important centre de production de feuilles de coca et une plaque tournante du trafic de drogue. Des décennies de conflits armés et de violence à cause du commerce de la drogue ont déchiré familles et communautés. Dans le cadre de son programme « Femmes bâtisseuses de paix » financé par le gouvernement norvégien, ONU Femmes soutient la Fondation CANAPAVI qui aide les femmes cantadoras à renforcer leurs capacités, en mettant en valeur et en préservant leur rôle de véritables ouvrières de la paix, ce qu’elles font à travers leur musique traditionnelle afro-colombienne. L’histoire de Mila Rodriguez montre l’importance d’aider les femmes et la jeunesse à s’engager afin d’accomplir la vision proposée par l’Objectif de développement durable 16 qui est de permettre, entre autres, l’avènement de sociétés pacifiques et inclusives.