Où je me tiens : « Je suis retourné à l'université pour décrocher un diplôme en études sur le genre ; je suis le seul étudiant de sexe masculin dans ma classe »

Voici Imad Natour, un agent de police palestinien de l'Unité de protection familiale et juvénile, spécialiste des cas de violence domestique. Cette unité, soutenue par un programme conjoint ONU Femmes-PNUD-UNICEF, offre aux survivantes de la violence une aide médicale, une assistance juridique, un hébergement provisoire et une protection policière. Elle contribue également à créer de puissants défenseurs de l'égalité des sexes, comme Imad Natour, au sein des communautés.

Date : jeudi 15 novembre 2018

Imad Natour poses for a photo in his police uniform. Photo: UN Women/Eunjin Jeong
Imad Natour. Photo: ONU Femmes/Eunjin Jeong
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Cela fait maintenant huit ans que j'accompagne des survivantes de la violence à Ramallah et à Tulkarem au sein de l'Unité de protection familiale et juvénile de la police civile palestinienne. Avant de rejoindre cette unité en 2010, je travaillais pour l'administration de lutte contre les stupéfiants. J'y ai vu beaucoup de cas de violence domestique liés à la drogue, mais je ne pouvais pas venir en aide aux survivantes. À ce moment-là, il n'existait pas d'unité spécialisée au sein de la police pour soutenir les victimes de violence. J'ai rejoint l'Unité de protection familiale et juvénile deux ans seulement après sa création. Depuis, j'ai grandi en même temps que l'unité et mon expertise a évolué au fil du temps.

On me demande parfois si ce n'est pas un problème de travailler en tant qu'homme avec des femmes survivantes de la violence. Mais à partir du moment où la confiance est établie, peu importe que vous soyez un homme ou une femme. Il faut adopter la bonne approche et faire en sorte que les survivantes se sentent en sécurité et suffisamment à l'aise pour parler. J'ai été formé par ONU Femmes et d'autres partenaires pour apprendre à m'adresser aux survivantes. Nous travaillons 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Nous intervenons à toute heure et nous nous rendons immédiatement au domicile des survivantes pour les protéger, elles et leurs enfants, et arrêter les auteurs des violences.

Je suis très fier de faire partie de cette unité « de première intervention » sur les cas de violence domestique en Palestine. Lorsque cette unité a été mise en place, il y a dix ans, la violence domestique était considérée comme une affaire relevant de la vie privée, qui devait rester au sein du foyer. Au fil du temps, nous avons compris en travaillant aux côtés des survivantes quels étaient leurs besoins et leurs réalités. Nous avons établi des partenariats pour soumettre ces cas aux différents ministères, aux institutions gouvernementales et aux organisations de la société civile. Ces partenariats ont entraîné une amélioration des services proposés aux survivantes.

Quand j'étais jeune, j'ignorais totalement que j'allais devenir agente de police ; mais aujourd'hui, je ressens un sentiment d'accomplissement très fort dans mon métier. Je me rends compte que mon travail a une incidence positive sur la vie des gens. À Tulkarem, je croise régulièrement des survivantes de la violence que nous avons soutenues et elles sont aujourd'hui autonomes et sûres d'elles. Elles ont repris leur travail – ou leurs études – et ont retrouvé un foyer où elles sont davantage soutenues et en sécurité. Elles sont également devenues des défenseures actives auprès de leur propre communauté et encouragent les autres survivantes à venir chercher de l'aide auprès de notre unité. Grâce à elles, le nombre de survivantes qui arrivent dans l'unité augmente tous les jours. Nous traitons près de 7 000 cas chaque année. Je suis récemment retourné à l'université pour préparer un master en études sur le genre ; je suis le seul étudiant de sexe masculin dans la classe.

Je rêve d'une Palestine où chaque individu, quel que soit son sexe, puisse vivre avec dignité et sans craindre la violence, comme le garantissent nos lois. En attendant, je continuerai de travailler pour les survivantes de la violence, pour les aider à prendre la parole et à réclamer justice. »



ODD 5 : Égalité entre les sexes
ODD 16 : Paix, justice et institutions efficaces

Âgé de 40 ans, Imad Natour est le chef de la Section de surveillance au sein de l'Unité de protection familiale et juvénile de la police civile palestinienne. Depuis 2012, ONU Femmes apporte un soutien technique et financier à cette unité par le biais de son programme Sawasya, qui défend l'accès des femmes à la justice et l'état de droit en Palestine. Imad Natour fait partie du premier One Stop Centre de Palestine, qui offre aux survivantes de la violence des prestations médicales, une assistance juridique, un hébergement provisoire et une protection policière. Ce guichet unique est géré par l'Unité de protection familiale et juvénile et bénéficie depuis 2017 du soutien du programme Sawasya, mis en œuvre conjointement par le PNUD, ONU Femmes et l'UNICEF. Les efforts d'Imad Natour participent à la réalisation de l'Objectif de développement durable (ODD) 5 sur l'égalité entre les sexes et l'élimination de la violence envers les femmes et de l'ODD 16 qui défend la paix et la justice.