Où je me tiens : « J’ai créé la Fondation Wangu Kanja pour apporter aux survivantes le type de soutien que je n’ai pas reçu »

Le rapport sur la violence à l’égard des enfants au Kenya indiquait en 2010 qu’une fille sur trois avait subi des violences sexuelles dans ce pays avant d’atteindre l’âge de 18 ans. Wangu Kanja, une rescapée de la violence sexuelle, a créé une fondation pour apporter le soutien dont chaque survivante de ce type de violence a tant besoin au Kenya.

Date : mardi 13 novembre 2018

Wangu Kanja. Photo: UN Women/Kennedy Okoth
Wangu Kanja. Photo: ONU Femmes/Kennedy Okoth
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À 18 ans, alors que je rentrais du travail, j’ai été violée à la suite d’un vol de voiture, un pistolet collé à ma tête. Je me suis rendue à une clinique pour être prise en charge, et j’ai porté plainte à la police, mais ma plainte a été enregistrée comme un vol avec violence, non pas comme un viol.

Je me suis sentie seule, abattue et en colère. Je ne savais pas comment gérer mon traumatisme et petit à petit j’ai sombré dans la dépression.

Tout s’est écroulé… Je suis passée par toutes les étapes et je me suis réfugiée dans l’alcool, comme mécanisme de compensation, pendant deux ans et demi ; je n’avais personne pour me soutenir durant cette période difficile. J’avais tellement mal, mais je ne pouvais même pas en parler parce que j’avais trop peur de la stigmatisation, de ce que les gens diraient de moi.

Le parcours jusqu’à ce que justice soit rendue aux survivantes de la violence sexuelle et de la violence envers les femmes est souvent très solitaire. Elles doivent faire face à de nombreux défis, et notamment au fait qu’elles ne sortent pas de l’état de victime : elles ont à revivre chaque fois le même calvaire, à cause de la longueur du processus judiciaire qui peut durer des années. Il est très important d’avoir des gens pour vous accompagner tout au long de cette épreuve.

J’ai créé la Fondation Wangu Kanja pour apporter aux survivantes le type de soutien que je n’ai pas reçu quand j’ai eu à passer ces épreuves, et pour aider les autres survivantes. La Fondation offre une orientation pour l’accès aux services et un soutien direct aux victimes de violences sexuelles.

J’ai mis en place un réseau de survivantes de la violence sexuelle dans les 47 comtés du Kenya par l’intermédiaire de la Fondation, afin de créer un mouvement susceptible de les aider à s’exprimer, à mieux faire entendre leur voix en faveur de la prévention et de la protection, et de faciliter les poursuites dans les cas de violences à l’égard des femmes.

Au niveau des comtés, le réseau compte 30 membres, chacun d’eux devant servir de mentor à 10 autres membres au niveau communautaire. L’objectif est de disposer d’un réseau actif de militantes et d’agents du changement à tous les niveaux des circonscriptions administratives du pays, capables de guider et de changer les récits sur les questions de sexe, la sexualité et la violence sexuelle dans les communautés, et d’amplifier la voix des survivantes de cette forme de violence. »



ODD 5 : Égalité entre les sexes

Wangu Kanja, rescapée de la violence sexuelle et activiste, a créé la Fondation Wangu Kanja pour fournir un appui aux victimes et survivantes de la violence faite aux femmes au Kenya. À ce jour, elle a réussi avec sa fondation à aider plus de 20 000 survivantes. Grâce aux donations généreuses des gouvernements de la Finlande et de la Suède, ONU Femmes soutient le réseau des survivantes mis en place par Wangu Kanja et sa Fondation. Le travail de Mme Kanja répond à l’ambition fixée par l’Objectif de développement durable 5, qui vise à éliminer toutes les formes de violence à l’égard des femmes.