ONU Femmes sur le terrain : Les femmes d’Haïti un an après le tremblement de terre

Date: 12 Jan 2011

UN Women in Haiti

Une volontaire contrôle l'état de santé d'une femme et de son enfant dans un refuge temporaire de Port-au-Prince, en Haïti. (Photo: ONU Femmes/Catianne Tijerina.)

A Haïti, un an après le tremblement de terre dévastateur, ONU Femmes travaille aux côtés des partenaires nationaux pour mettre fin à la violence contre les femmes, élargir leurs opportunités économiques et augmenter participation aux processus de décision, en particulier pour les questions qui les touchent directement. La responsable d'ONU Femmes à Haïti, Sheelagh Kathy Mangones, nous donne les dernières nouvelles à cet égard.

Quelles ont été les activités les plus réussies d'ONU Femmes depuis le tremblement de terre ?

Après le tremblement de terre, nous avons immédiatement fait équipe avec les organisations de femmes et le gouvernement en vue de former plus de 100 jeunes hommes et femmes, de manière à ce qu'ils puissent rejoindre les 70 installations temporaires et sensibiliser la population à la vulnérabilité des femmes et des filles par rapport à la violence. Les victimes de violences ont pu raconter leurs propres histoires. On les a aidées à se rendre dans les organisations de femmes, où elles ont eu accès aux services médicaux, juridiques et psychologiques, et où elles ont pu commencer à reconstruire leurs vies et à reprendre confiance. Nous avons également pu rétablir un sanctuaire pour les jeunes filles ayant subi des violences. Et nous sommes sur le point d'ouvrir deux nouvelles résidences protégées pour les femmes des régions du nord et du sud-est.

Nous poursuivrons ces efforts en 2011. Une autre étape importante consistera à mesurer l'évolution du nombre d'actes de violence commis a l'égard des femmes. Pour le moment, nous ne disposons que de très peu de données sur ce sujet. Nous savons que les catastrophes à grande échelle augmentent généralement les risques pour les femmes d'être victimes de violences, mais nous devons être en mesure de montrer exactement l'étendue de la question afin de pouvoir travailler avec les partenaires nationaux sur les meilleurs moyens de prévenir cette violence.

Quelles sont les priorités pour les femmes et les filles d'Haïti aujourd'hui ?

Le tremblement de terre à aggravé la situation en ce qui concerne l'égalité des sexes et l'autonomisation des femmes. Cela est en partie dû aux obstacles structurels, tels que les comportements et les institutions qui empêchent les progrès en faveur des femmes. Pour parvenir à de véritables changements, nous devons avoir une vision à long terme qui élimine ces obstacles.

Un des enjeux clés est de donner plus de poids aux femmes, notamment dans les processus politiques, mais aussi plus largement au niveau de la communauté et au sein des organisations de la société civile et des organisations professionnelles. Les femmes doivent être en mesure d'apporter leurs points de vue dans les débats nationaux aujourd'hui et dans les années à venir. Haïti a déjà accompli des progrès en la matière, et est dotée de nombreuses organisations de femmes solides et actives. Les fondations sont bonnes, mais beaucoup reste à faire.

Un deuxième enjeu crucial est le développement économique. 42% des ménages sont désormais dirigés par des femmes. Nous devons appuyer et assurer leurs moyens de subsistance, par exemple en recapitalisant des micro-entreprises, ou en encourageant les femmes à occuper des emplois non traditionnels, dans le domaine de la construction par exemple.

Mettre fin aux violences faites aux femmes est une autre priorité à laquelle il faut s'atteler, en adoptant à la fois des mesures de prévention pour faire changer les attitudes et les comportements, et en protégeant les femmes victimes pour leur permettre de se relever et de saisir la justice.

Pourquoi le renforcement des capacités nationales est-il si important ?

Les haïtiens sont le moteur du changement. Nous devons les écouter et reconnaître leurs capacités, car ceci est le point de départ du relèvement. Affirmer que chacun a des capacités et de la valeur est un message extraordinairement habilitant. Au contraire, si vous partez du postula que le pays n'a pas de capacités nationales, vous risquez de marginaliser la population dans le processus de reconstruction, et donc de saper sa capacité à franchir le pas et à progresser.

Ces dernières années, nous avons travaillé avec les partenaires nationaux sur la question de l'égalité des sexes. Nous avons toujours insisté pour que les partenaires internationaux reconnaissent à Haïti son expérience et ses efforts en la matière. Ces initiatives peuvent être renforcée par un plan d'action national pour mettre fin à la violence de genre et par une série de protocoles pour répondre aux besoins des victimes.

Une élection a récemment eut lieu à Haïti. Dans l'avenir, comment voyez-vous ONU Femmes appuyer la participation politique des femmes ?

A Haïti nous avons pu constater que les femmes veulent de plus en plus participer aux processus de décisions, y compris les décisions politiques. Elles veulent faire entendre leurs voix. Avant les élections de 2009, nous avons appuyé une coalition de femmes compétentes afin qu'elles puissent présenter leurs candidatures et s'attaquer aux questions d'égalité des sexes une fois élues. Nous ferons davantage à ce niveau, y compris en aidant le nombre croissant de femmes qui s'intéressent à la politique au niveau local. Lors des élections locales qui doivent avoir lieu l'an prochain, il est possible que nous assistions à une forte progression de la participation et notamment de celle des femmes.

Avez-vous de l'espoir pour ce qui est de l'avenir d'Haïti ?

Oui, car j'ai confiance dans la capacité et la vision des femmes et des hommes haïtiens et dans le formidable espoir de la jeunesse haïtienne.

Grce à ONU Femmes, nous pouvons les aider à aller de l'avant.

Avec ONU Femmes, nous avons une formidable opportunité de renforcer le travail que l'ONU accompli à Haïti et dans le monde. En créant ONU Femmes, les États membres des Nations Unies ont reconnu que l'égalité des sexes et l'autonomisation de la femme sont cruciales pour la réalisation de tous les objectifs de développement que nous voulons atteindre. A Haïti, 2011 sera une année de défis, mais grce à ONU Femmes, tout pour qu'elles soient davantage entendues et pour faire avancer leurs droits.

Que peuvent-faire les gens à travers le monde pour les aider ?

Il est important de rester engagés et solidaires avec les haïtiens, et les haïtiennes en particulier. Les gens a travers le monde peuvent rappeler à leur gouvernement, en particulier ceux qui appuient les efforts de reconstruction, que nous devons faire de la réalisation de l'égalité des sexes une partie intégrante et essentielle de tout programme de développement, qu'il s'agisse de fournir des services médicaux, de créer des emplois ou de mettre en vigueur des mesures de sécurité.

L'égalité des sexes n'est pas quelque chose que nous pouvons reporter à plus tard, car les femmes sont en première ligne de toutes les catastrophes humanitaires. Elles jouent un rôle clé en ce qui concerne la survie de leurs familles, la reconstruction de leurs communautés la dispense de soins et l'approvisionnement en nourriture. L'autonomisation des femmes n'est pas optionnelle. Elle est essentielle.

Documents annexes:

Rapport des Nations Unies sur Haïti 2010: Situations, défis et perspectives