Des exercices de simulation audiovisuels préparent les soldats de la paix à répondre aux violences sexuelles

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« Il y avait six soldats. Ils sont entrés dans ma maison », explique une Congolaise, le regard sombre et fixe. « Ils ont tout de suite pointé leurs armes vers moi et m'ont demandé “tu veux vivre ou mourir ? », dit une autre survivante, en étreignant son bébé contre son coeur.

« Puis il a commencé à me violer » déclare une troisième survivante, le visage déformé par une expression de terreur. Les témoignages de ces femmes et d'autres survivantes de violences sexuelles rendent compte de manière poignante de l'impact des viols utilisés comme armes de guerre en République démocratique du Congo.

Ces récits émaillent le film vidéo pédagogique qui est actuellement utilisé pour dispenser une formation novatrice aux officiers et soldats de la paix de l'ONU en simulant des situations de violences sexuelles. Ce programme de formation est lancé par ONU Femmes et le DOMP dans le cadre de la campagne des Nations Unies contre la violence sexuelle en temps de conflit avec l'appui de la Représentante spéciale du Secrétaire général chargée de la question des violences sexuelles commises en période de conflit.

Des Casques bleus de l'Argentine et de l'Uruguay en formation pendant un exercice basé sur des scénarios, le 24 Avril 2012 à Buenos Aires, en Argentine. Le cours visait à donner aux participants une meilleure compréhension de la violence sexuelle dans les conflits. Photo: ONU Femmes / Pablo Castillo

Ce type de formation permet de simuler des situations de violences sexuelles en période de conflit armé au moyen de vidéos, de photos et d'autres outils audiovisuels et provoque des débats sur la question parmi les soldats et les officiers. Après avoir visionné les vidéos, les participants doivent évaluer des situations hypothétiques mais fondées sur des faits réels. Des informations détaillées sur les menaces potentielles, les organismes d'aide nationaux et internationaux concernés, la géographie des lieux, etc. sont fournies aux participants qui doivent ensuite décider des mesures que doivent prendre les acteurs sur le terrain en fonction du scénario proposé.

« Suivre ces cours et séminaires m'a permis d'accroître mes connaissances, de réévaluer et de renforcer mon point de vue sur la question », explique le capitaine d'armée Alexandre Shoji, Chef de la Section des affaires civiles du Centre conjoint des opérations de maintien de la paix brésilien, qui a participé pour la première fois à ce type de formation sur les violences sexuelles en juillet 2011. « J'ai pris conscience que ma perception commençait à évoluer en tant que soldat de la paix mais aussi en tant qu'instructeur ».

Ce type de formation vise à sensibiliser les commandants des unités de maintien de la paix en exercice ou futurs aux violences sexuelles en période de conflit et aux dilemmes auxquels se heurtent les décideurs militaires et civils sur le terrain. Les cours mettent en exergue les meilleures pratiques pour prévenir ces violences et y répondre. Ils expliquent quel est le rôle joué par les divers acteurs déployés dans les missions de l'ONU pour lutter contre les violations des droits fondamentaux, y compris les crimes liés aux violences sexuelles.

Le général de division à la retraite Patrick Cammaert a dirigé quatre formations fondées sur des exercices de simulation lancées afin de sensibiliser les soldats et officiers aux violences sexuelles en période de conflit, leur permettre de les prévenir et d'y répondre.
Le général de division à la retraite Patrick Cammaert a dirigé quatre formations fondées sur des exercices de simulation lancées afin de sensibiliser les soldats et officiers aux violences sexuelles en période de conflit, leur permettre de les prévenir et d'y répondre. Photo: ONU Femmes/ Catianne Tijerina

« Ces cours ont des implications très concrètes et opérationnelles », souligne le général de division Patrick Cammaert, qui a exercé les fonctions de Conseiller militaire du Secrétaire général de l'ONU et dirigé les soldats de la paix de l'ONU en Bosnie, au Cambodge, en Érythrée-Ethiopie et dans l'Est de la République démocratique du Congo. Il dirige maintenant ces exercices de formation. « Les questions de genre doivent être prises en compte dans toutes les activités de l'ONU visant à préparer des opérations tactiques ou des déploiements sur le terrain, qu'il s'agisse de la composition des patrouilles, de la collecte des informations et des renseignements, des mesures particulières pour construire des camps adaptés aux besoins des femmes ».

Les exposés et les débats inclus dans les modules de formation mettent l'accent sur l'obligation des soldats de la paix de protéger les civils et expliquent comment les mandats et les règles d'engagement s'appliquent à la violence sexuelle. Ils enseignent des tactiques permettant de prévenir ces violences ou d'y répondre et les protocoles à suivre en présence des survivantes.

Ces formations ont déjà été lancées dans quatre pays fournisseurs de contingents (au Brésil, au Bangladesh, en Argentine - dans le cadre d'une formation conjointe entre des officiers argentins et uruguayens - et plus récemment en Inde, du 11 au 12 octobre).

De retour au Brésil, le Capitaine Shoji a intégré les exercices de simulation dans tous ses exercices de prédéploiement et le Centre conjoint des opérations de maintien de la paix brésilien a sollicité une assistance technique permanente afin d'intégrer la perspective de genre dans tous les aspects de sa formation. Cette assistance lui a depuis lors été fournie par ONU Femmes.

Ces modules ont également été inclus dans de nombreux cours dispensés aux commandants de contingents dans le monde entier.

Le Secrétaire général et le Conseil de sécurité ont encouragé les pays fournisseurs de contingents à tester cette formation, qui a été intégrée dans la formation standard du DOMP sur la protection des civils, et sera distribuée dans les centres de formation au maintien de la paix et les écoles de cadres.