Les femmes du Mali appellent à plus de protection et davantage d’implication dans la résolution du conflit

Date: 05 Nov 2012

« Aujourd'hui les femmes sont privées de toutes libertés et même le choix de son conjoint est dicté par les occupants. Et pire, la femme se marie à plusieurs hommes contre sa volonté. Aujourd'hui nos enfants ne peuvent plus aller à l'école », dit une femme* déplacée vivant à Bamako originaire de Tombouctou, une ville occupée par les groupes armés. « Cette occupation est la plus cruelle que le peuple malien puisse vivre ».

Le Mali traverse actuellement une crise sécuritaire, politique et humanitaire sans précédent menacé par un conflit armé au nord du pays qui affecte directement les populations en premier lieux les enfants et les femmes. Le pays doit faire face à des groupes armés radicaux tels que Ansar Dine, Mouvement pour l'unité du djihad en Afrique occidentale (MUJAO) et Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) qui ont pris le contrôle de la partie nord du pays, où ils appliquent une interprétation extrême de la charia, ainsi que des restrictions prenant en particulier les femmes pour cible.

Saran Keïta Diakité, Présidente de l'organisation « women's peace and security network REPSFECO/Mali ». Source: REPSFECO/Mali

« La ville de Gao a connu les pires cas de viols collectifs et individuels qui continuent encore. Comment assister ces victimes innocentes qui payent le plus lourd tribut de l'occupation? Aujourd'hui, à Gao tout appartient à ces gens-là qui dictent leur loi et sévissent sans retenu », dit une autre femme originaire de Gao, une ville située au nord-est du pays, qui vit désormais à Bamako. Elle déplore également la « cruauté » des groupes armés ciblant spécifiquement les femmes.

« Parmi les populations restées dans les régions occupées, leur vie au quotidien est devenue un calvaire: application de la charia et sans preuve tangible ; il y a des lapidations et des amputations. Actuellement, les jeunes filles et garçons sont enrôlés de force dans les groupes armés ou endoctrinés comme djihadistes », explique-t-elle. Selon l'ONU, l'instabilité et l'insécurité ont poussé plus de 250.000 Maliens à fuir dans les pays voisins, sans compter les 174.000 autres déplacés internes. Au cours de la rencontre, les femmes ont également fait part des difficultés extrêmes auxquelles font face les familles de déplacées qui peinent à subvenir à leurs besoins et ceux de leurs enfants.

Le Secrétaire général adjoint des Nations unies Jan Eliasson a recuelli les recommendations et les revendications d'une quarantaine de femmes leaders maliennes pour la résolution du conflit au Mali. Source: ONU Photo/Devra Berkowitz

Le Vice-Secrétaire général des Nations Unies, Jan Eliasson, était en visite dans le pays le 20 octobre afin de rencontrer des femmes leaders soutenues par ONU Femmes et la Coordination du Système des Nations Unies au Mali et d'écouter leurs propositions et leurs revendications pour contribuer à la résolution du conflit. Réunis à Bamako, la capitale du pays, près d'une quarantaine de femmes leaders et de responsables du Forum des organisations de la société civile du Mali ont pris part aux discussions.

La Présidente du Réseau Paix et Sécurité des Femmes de l'espace CEDEAO (REPSFECO/Mali), Saran Keita Diakité, a saisi l'occasion de cette réunion pour lire ce texte et interpeller le Vice-Secrétaire général des Nations Unies.

« Bien qu'étant les principales victimes des différentes crises que le Mali traverse, les femmes restent très peu impliquées dans les organes de gestion de la transition », a souligné Mme Diakité.

« Nous, femmes de la société civile du Mali … au niveau décisionnel réclamons : une représentation d'au moins 30 pourcent dans tous les organes de gestion de la crise et post crise, de la participation à la gouvernance politique et institutionnelle, sécuritaire et au processus électoral; le renforcement des capacités en médiation, négociation, prévention, gestion des conflits et consolidation de la paix ; un plaidoyer du Secrétaire général des Nations Unies pour la réparation des préjudices subis par les victimes de viols et la prise en charge de toutes les victimes de violation de droits humains ; et la mise en place immédiate d'un fonds d'appui pour l'autonomisation des femmes du Mali ».

Une copie de cet appel fut ensuite remit au Vice-Secrétaire général de l'ONU qui a, pour sa part, assuré que le message des femmes du Mali sera porté au plus haut niveau et qu'il suivrait la situation de près.

ONU Femmes met également en œuvre un programme d'assistance psychosociale et économique aux femmes et filles déplacées et affectées par le conflit.

*Les noms des femmes ont été retirés pour leur protection et sécurité.