Les femmes maliennes s’imposent dans le processus de paix et de transition

Date : 20 April 2012

Plongées dans une crise sans précèdent après le coup d'Etat militaire perpétré le 22 mars dernier par une junte militaire, les autorités maliennes ont entamé un processus de transition au sein duquel les femmes maliennes sont parvenues avec le soutien d'ONU Femmes à s'imposer à la table des négociations.

Le Mali traverse une triple crise : sécuritaire, humanitaire et politique. La population malienne est touchée depuis le 17 janvier dernier par un conflit armé au nord du pays qui a provoqué la fuite de plus de 200.000 personnes, trois régions étant occupées par des groupes armés. A l'insécurité physique s'ajoute l'insécurité alimentaire qui frappe plus de de trois millions de personnes dans le pays. Enfin, le coup d'état militaire, a interrompu l'ordre constitutionnel et provoqué une crise politique profonde.

Après la signature le 6 avril dernier d'un accord-cadre entre la junte au pouvoir et la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) qui a permis la désignation d'un Président par intérim, Dionkounda Traoré, les femmes leaders du pays sont parvenues à s'imposer dans le processus de transition dont les négociations se sont tenues entre le 15 et le 17 avril dernier à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso. Soutenue et aidée par ONU Femmes, une délégation de quatre femmes du Réseau Paix et Sécurité des Femmes de l'espace CEDEAO (REPSFECO/Mali), a été dépêchée à Ouagadougou.

La Présidente du Réseau, Saran Keita, a pris la parole et lu la déclaration des femmes maliennes à l'adresse des parties aux négociations soulignant que « les femmes, qui représentent 51,7 pourcent de la population malienne, sont malheureusement très peu représentées en ces moments décisifs ».

Elle a exhorté le Président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, facilitateur officiel dans la crise malienne, à tenir compte du rôle décisif des femmes dans la prévention, le règlement des conflits et la consolidation de la paix précisant que leur participation « sur un pied d'égalité à tous les efforts visant à maintenir et promouvoir la paix et la sécurité » s'avère essentiel pour l'avenir du pays.

« C'est pourquoi nous réclamons la présence des femmes dans tout le processus de médiation et dans tous les mécanismes à tous les niveaux notamment dans les organes de la future transition », a-t-elle affirmé.

Dans la Déclaration, les femmes maliennes exigent notamment la mise en œuvre « de mesures urgentes contre les viols des femmes et des filles en leur apportant secours et assistance », la sécurisation des populations notamment déplacées « en tenant compte de la situation spécifiques des femmes et des filles », la libération du territoire du nord du Mali sans condition et le règlement du conflit en privilégiant le dialogue sur l'usage de la force.

Les femmes ont également plaidé en faveur du retour progressif des forces armées et de sécurité nationale sur le terrain avec des moyens appropriés, le respect des engagements pris dans l'accord-cadre entre la CEDEAO et le pouvoir intérimaire ainsi que « le maintien d'un climat apaisé et le renforcement du dialogue entre tous les acteurs ».

Fortes de ce plaidoyer, les femmes ont pu obtenir des parties prenantes aux négociations la prise en compte de demandes essentielles dans la déclaration finale dont l'une des dispositions « rappelle aux groupes armés du Nord du Mali l'obligation de la protection des populations civiles et du strict respect des droits humains et les invite à arrêter immédiatement toutes les violences faites aux femmes et aux enfants ».

Depuis 1992, la participation des femmes aux processus de négociations de paix plafonne en moyenne à 7 pourcent et seuls 3,2 pourcent des médiateurs sont des femmes. C'est pourquoi, l'active participation des femmes médiatrices à Ouagadougou constitue une première étape décisive.

De retour au Mali, les femmes médiatrices continuent leur plaidoyer avec l'aide des équipes d'ONU Femmes notamment pour l'élaboration d'un plan d'action de médiation orienté sur les questions liées au genre, à la sécurité et au retour à la paix.