En Sierra Leone, les femmes candidates préparent leurs plateformes politiques

Date: 07 Aug 2012

Le rassemblement dans une salle de classe bien éclairée du Sierra Leone apparaît des plus joyeux.

« À mes côtés… à mes côtés… » entonne un groupe de femmes aux tenues colorées, se balançant et tapant dans leurs mains en chœur. « Plus jamais d'hommes devant et de femmes derrière, mais des femmes et des hommes qui marchent côte à côte ».

Josephine Odera, La représentante d'ONU Femmes en Afrique de l'Ouest intervient devant les participantes d'une École itinérante de formation à la campagne électorale lors de son arrêt d'une journée à Makeni, le 20 juin. Crédit photo : ONU Femmes

À Makeni, quatrième ville la plus importante de Sierra Leone, une école de campagne itinérante vient d'ouvrir. Cette école est gérée par la Campagne pour la bonne gouvernance organisée par la société civile et « le Groupe 50/50 », et appuyée par ONU Femmes. Elle fait partie d'un programme de deux semaines visant à donner aux femmes les compétences nécessaires pour faire campagne pour les élections présidentielles, parlementaires et locales organisées en novembre 2012 au Sierra Leone. En Sierra Leone, l'environnement politique et les élections ont traditionnellement été presque exclusivement dominés par les hommes. L'école fait partie d'une série globale d'activités appuyées par ONU Femmes, pour promouvoir l'égalité dans le pays.

Fatmata Kargbo, une veuve gée de 50 ans et ancienne maîtresse d'école, présente sa candidature aux élections au Conseil local de sa circonscription, Ropolon Junction. Elle estime que sa capacité à bien travailler avec les gens, à résoudre les conflits et à nouer des accords jouera en sa faveur. Au cours des discussions qui ont eu lieu pendant cette formation, elle a souligné le besoin d'apporter une approche différente, plus bienveillante, dans la sphère publique. « Les femmes sont restées à la traîne pendant trop longtemps » affirme-t-elle.

La participation politique des femmes demeure déplorablement basse en Sierra Leone. À l'heure actuelle, seulement 17 des 124 parlementaires sont des femmes. Ces dernières constituent 18,9 pour cent des conseillères siégeant au sein du gouvernement local - aucune au niveau de présidente - et elles occupent moins de 10 pour cent des postes de hauts fonctionnaires.

Pour celles qui envisagent de présenter leur candidature à des postes électifs, les obstacles liés au genre proviennent de facteurs sociaux, économiques et culturels : les mentalités stéréotypées au sein des familles et des communautés, les contraintes de temps ou les ressources financières limitées.

Lors du lancement de l'école à Freetown le 19 juin 2012, le Dr. Josephine Odera, Directrice régionale d'ONU Femmes, a toutefois mis en exergue l'objectif promu par le Programme d'action de Beijing adopté lors de l'historique quatrième Conférence mondiale sur les femmes de 1995. « Je souhaiterais voir 30 pour cent de femmes au sein du parlement » indique-t-elle. « Il est temps de compter plus de femmes en politique et de faire avancer les questions de genre en Sierra Leone ».

L'école itinérante répond principalement au besoin de renforcer les connaissances des femmes du pays sur les questions et les processus politiques. Avec son équipe de spécialistes et de coaches politiques, elle s'est arrêtée dans chacun des 14 districts administratifs de Sierra Leone, faisant participer plus de 400 femmes à des jeux de rôles, des discussions avec des parlementaires et des conseillers locaux expérimentés ainsi qu'à des simulations d'interviews avec des journalistes. Chacune des activités menées permet de développer un aspect particulier du leadership, de la réalisation d'une campagne électorale et du développement personnel.

ONU Femmes a mis un accent particulier sur le renforcement de la participation politique des femmes avant les élections de 2012. Outre l'école itinérante, elle réalise dans tout le pays, en partenariat avec des organisations locales, des sessions de formation approfondies et de sensibilisation de la communauté sur les droits fondamentaux des femmes.

Travaillant avec les hommes politiques, les experts juridiques et les militants, elle a aidé à ajuster les processus juridiques pour appuyer l'autonomisation politique des femmes. Au nombre de ses réalisations figure notamment l'élaboration d'un projet de Loi sur l'égalité des sexes, qui appelle à l'établissement d'un quota de 30 pour cent de représentation des femmes aux postes de prise de décisions. Ce projet de Loi doit bientôt être présenté devant le parlement du pays.

D'autres activités sont en cours, telles que la préparation d'un « centre de situation pour les femmes », visant à réduire les violences liées aux élections et à faire participer plus de femmes aux processus électoraux (faisant suite à une initiative exemplaire positive lancée au Libéria. Ce centre de situation sera une plateforme dirigée par les organisations non gouvernementales qui fera participer les femmes, les jeunes et les médias pour, entre autres, prévenir toutes les formes de violence électorale).

À Makeni, les 44 femmes en cours de formation avaient toutes été confrontées à la discrimination, de la part de leur administration et des communautés. Toutes, que ce soit en tant qu'actrices politiques ou citoyennes engagées, ont exprimé le souhait que les préoccupations des femmes se voient accorder une priorité accrue dans l'ordre du jour politique et que l'égalité de traitement soit promue.

Pourtant, si les femmes ont évoqué les changements sociaux positifs qui seront possibles en Sierra Leone grce au renforcement du leadership des femmes, peu d'entre elles ont considéré que leurs besoins étaient distincts de ceux des hommes avec qui elles vivent et travaillent. « Je veux gagner pour ma communauté » confirme Mabinty Kadija Sillah, une sage-femme, et toute première femme à se présenter à une fonction publique dans sa circonscription.

Alors que la session touche à sa fin, le chant commence. Il traduit bien l'état d'esprit et les aspirations des stagiaires. « Plus jamais d'hommes devant et de femmes derrière. Mais des femmes et des hommes marchant côte à côte ».