Les femmes et les filles ont un rôle essentiel à jouer pour répondre aux défis du développement durable dans le Pacifique et dans le monde

Date : 30 August 2012

Mesdames et Messieurs, bonjour.

Je suis particulièrement heureuse de me trouver ici parmi vous à Rarotonga. Je souhaiterais en premier lieu remercier le ministre des Affaires intérieures des Iles Cook, notre Président, de nous accueillir ici aujourd'hui.

C'est un vrai plaisir pour moi de représenter le Secrétaire général à cette 43ème Réunion du Forum des îles du Pacifique, et d'avoir l'opportunité de discuter avec vous de la manière dont l'autonomisation des femmes peut contribuer à répondre aux défis urgents auxquels les pays du Pacifique font face.

Permettez-moi tout d'abord de souligner que les questions de genre ne sortent pas du néant, et qu'elles ne peuvent pas être discutées séparément d'autres problèmes tels que la crise économique mondiale, la crise alimentaire, le rôle des transferts de fonds dans les îles, le problème des jeunes et de l'emploi, les changements climatiques ou, en l'occurrence, le développement durable, thème prioritaire de la réunion de ce jour.

Nous sommes arrivés à une situation que j'espérais ne jamais voir se produire : les systèmes naturels de la Terre, dont nous autres humains et nos civilisations dépendent, sont confrontés à une menace réelle et dangereuse. Comme je l'ai récemment souligné à Rio, nous ne pouvons tout simplement pas continuer sur notre voie actuelle caractérisée par la montée des inégalités, l'instabilité économique et la dégradation de l'environnement.

Depuis 1992, la croissance économique mondiale a grimpé en flèche de 75 pour cent. Mais il y a un mais: plus d'une personne sur quatre vit toujours dans l'extrême pauvreté ; deux tiers des ressources naturelles vitales au genre humain sont en train de décliner ; d'ici à 2030, le monde aura besoin de 50 pour cent de nourriture en plus, de 45 pour cent d'énergie en plus et de 30 pour cent d'eau en plus. L'élévation du niveau de la mer et les changements climatiques font peser une menace sans précédent pour l'humanité.

Vous qui vivez dans les îles du Pacifique connaissez ces risques et défis mieux que quiconque, puisqu'ils font partie de votre réalité immédiate, laquelle se trouve déjà compliquée par de nombreux facteurs qui sont uniques à la région : la distance, les coûts associés à la fourniture des service de base, la pression résultant des surfaces de terre limitées, etc.

Ce que je souhaite souligner aujourd'hui est que les femmes et les filles ont un rôle essentiel à jouer pour répondre aux nombreux défis posés par le développement durable, ici dans le Pacifique comme dans le reste du monde. Le développement durable exige que les droits de la femme, l'égalité des chances et la pleine participation des femmes soient garantis. Autrement dit, de manière plus concise : un monde équilibré exige l'égalité des sexes.

Ce fait a déjà été reconnu par les dirigeants du Pacifique. Le Plan du Pacifique qu'ils ont adopté au cours de la réunion du Forum des îles du Pacifique de 2005, cite explicitement l'égalité des sexes comme élément-clé pour réaliser le développement durable. Cela a de même été reconnu par les dirigeants du monde à Rio, et le moment est aujourd'hui venu de passer à l'action.

Où que je me sois rendue dans le monde, j'ai rencontré des femmes résolues et dynamiques, qui utilisent leur ingéniosité, leurs compétences entrepreneuriales et leurs connaissances pour créer de la richesse, réduire la pauvreté et transformer leurs familles, leurs communautés et leurs sociétés au moyen de ressources très limitées.

L'autonomisation des femmes s'impose comme une nécessité hautement prioritaire.

Par leurs connaissances et l'expérience qu'elles ont acquises dans le cadre de leur travail sur la terre et l'environnement local, les femmes ont une contribution inestimable à apporter à toute stratégie de gestion des ressources. En tant que responsables de la fourniture de la nourriture, de l'eau et d'autres moyens de survie, les femmes ont l'expérience et les connaissances de ces ressources, ce qui constitue une source d'informations précieuse sur les pratiques durables.

Les femmes, en particulier celles des communautés autochtones et des régions rurales, ont trouvé les moyens de tirer profit de leur environnement et de s'adapter aux changements. La gestion axée sur les écosystèmes n'a aucune chance de succès sans la contribution des femmes. Et, tout aussi important, ce sont elles qui ont le plus à perdre de la réduction de la biodiversité et du fait que les priorités environnementales sont mises de côté au profit de gains économiques à court terme.

Aujourd'hui, les femmes des pays en développement constituent 43 pour cent des travailleurs agricoles, mais ne bénéficient pas d'un accès égal à la terre, au crédit ou aux nouvelles technologies. C'est un problème trop bien connu dans la région Pacifique. Si beaucoup de pays sont traditionnellement matrilinéaires, les politiques modernes d'utilisation des terres ne tiennent pas compte, dans une large mesure, de la relation traditionnelle que les femmes entretiennent avec la terre.

L'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture estime toutefois que le fait d'octroyer aux femmes le même accès qu'aux hommes aux engrais, aux semences, aux outils et aux autres types d'appui permettrait d'augmenter la production agricole et de réduire de 100 à 150 millions le nombre de personnes victimes de la faim dans le monde. Est-ce vraiment quelque chose que nous pouvons nous dispenser de faire ?

Aujourd'hui, des millions de femmes vivant principalement en milieu rural cuisinent toujours sur des poêles dégageant fumée et pollution. En conséquence de quoi, deux millions de personnes meurent chaque année des suites de maladies respiratoires, dont 85 pour cent de femmes et d'enfants. Cela n'est pas soutenable. Les femmes ont besoin d'énergie propre.

Les initiatives prises au Kiribati et à Tokelau pour introduire l'énergie solaire dans les foyers, ainsi qu'à Fidji, au Tonga et à Tuvalu pour assurer une indépendance énergétique totale, ont des conséquences majeures pour les femmes. La transition vers l'énergie solaire entraîne une sécurité accrue, et permet de fournir des sources de chaleur et d'énergie en économisant du temps et de l'énergie.

Je vous appelle donc aujourd'hui, avec les dirigeants du Forum des îles du Pacifique, à prendre des mesures urgentes, tout comme je l'ai fait à Rio il y a quelques mois.

Des mesures pour assurer que le droit à la santé sexuelle et procréative se traduise par des informations fiables et des services de santé de qualité, abordables et accessibles là où ils sont nécessaires.

Des mesures pour que le travail décent et l'égalité des salaires se traduisent par des emplois qui protègent les droits des travailleurs, y compris les droits des femmes.

Des mesures pour que la violence à l'égard des femmes et des filles cesse, au profit de nouvelles attitudes qui promeuvent la tolérance zéro pour ces crimes et l'impunité zéro.

Des mesures pour que la monopolisation actuelle du pouvoir par les hommes cède la place à l'égalité des chances et à la participation égale des femmes et des hommes. La diversité permet de prendre des décisions plus avisées et responsables.

Des mesures pour que la lutte contre les changements climatiques et la dégradation de l'environnement se voit donner le caractère prioritaire qui est le leur, et qu'elle soit abordée d'une manière intelligente, coopérative et urgente.

Des mesures pour que les femmes et les hommes jouissent de l'égalité des droits, des chances et de la participation.

Merci de votre attention.