Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes

La Directrice exécutive : « Le prix d’un refus de changement est inacceptable »

Déclaration de Mme Phumzile Mlambo-Ngcuka, Directrice exécutive d’ONU Femmes, à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes le 25 novembre 2016

Date : vendredi 18 novembre 2016

Nous croyons à un monde où les femmes et les filles peuvent s’épanouir et se réaliser en paix aux côtés des hommes et des garçons, en partageant et en tirant profit de sociétés qui valorisent leurs compétences et reconnaissent leur leadership. Nous œuvrons pour la réalisation de cet objectif : la violence à l’égard des femmes et des filles a un impact dévastateur sur les individus et la société.

Les femmes et les filles victimes de violence perdent leur dignité et vivent dans la peur et la douleur. Dans les cas extrêmes, elles y laissent leur vie. La violence réduit considérablement les libertés auxquelles nous pouvons toutes et tous prétendre : le droit d’être en sécurité chez soi, le droit de marcher dans la rue sans être agressé, le droit d’aller à l’école, de travailler, de se rendre au marché ou de regarder un film. Nous devrions être en droit de nous attendre à ce que les auteurs de tels actes soient punis, que justice soit faite et qu’un soutien psychologique et des soins pour les blessures soient prodigués.

Et pourtant, dans de nombreux pays, les lois sont toujours inadaptées, les forces de police sont passives et les abris, les soins de santé et le soutien psychologique ne sont pas disponibles. La justice pénale est inaccessible, onéreuse et montre un parti pris pour les agresseurs au détriment des femmes. Changer ces éléments a un coût, mais le refus du changement a un prix qui est inacceptable.

Les expertes et experts sont unanimes : les avantages que présente l’éradication de la violence à l’égard des femmes et des filles dépassent de loin les investissements nécessaires à son élimination. Nous savons que même de modestes investissements, bien ciblés et réalisés au bon moment, peuvent bénéficier énormément aux femmes, aux filles et à toute leur communauté. Par exemple, au Timor-Leste, la mise en place sur trois ans d’un programme, simple mais très efficace, pour distribuer un ensemble de services essentiels aux femmes victimes de violences a coûté une fraction de 1 % du PIB et pourtant, son impact sur la santé et le bien-être des femmes a été considérable. Des changements pratiques dans l’infrastructure des marchés, les formations professionnelles et l’accès aux paiements sans numéraire ont transformé l’environnement et les perspectives des vendeuses à l’étal des marchés de Papouasie-Nouvelle-Guinée. Ces changements leur ont donné confiance en elles. En Ouganda, un programme communautaire a réuni les femmes, les hommes, les chefs religieux et des communautés pour changer ensemble les normes sociales. Depuis cette initiative, le taux de violence au sein des couples a chuté de 52 %.

Ces réussites mettent en lumière des approches pratiques que nous pouvons suivre pour faire avancer les choses. Nous pouvons prendre des mesures pour nous attaquer aux problèmes sous-jacents de l’inégalité et des préjugés présents dans nos sociétés, ces problèmes qui amorcent et alimentent la violence à l’égard des femmes et des filles. Nous pouvons introduire progressivement des mesures de prévention et accroître la disponibilité des services appropriés. Nous pouvons commencer à faire décroître le nombre de victimes et mettre un terme au fléau de la violence à l’égard des femmes et des filles. Pour cela, il nous faudra nous engager, il faudra investir, à l’échelle nationale et internationale. 

La violence est ancrée dans la société d’une façon telle que toute la société doit participer à son déracinement. Pour changer la culture, il faut des alliés, comme les hommes et les garçons, les groupes religieux et les jeunes. Pour atteindre les populations et convaincre de ce changement, il faut des instruments comme le sport, l’art, les entreprises, le monde universitaire et la religion.

Le Programme de développement durable à l’horizon 2030 nous donne les outils pour atteindre un tel objectif. Ses cibles ambitieuses exigent des solutions novatrices et de nouveaux partenariats pour mobiliser les ressources nécessaires, provenant notamment des gouvernements nationaux, de l’aide internationale au développement, du secteur privé, des organisations philanthropiques et des individus. Aujourd’hui, à l’occasion de cette Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, nous nous remettons en mémoire ce programme universel qui a été accepté à l’unanimité. Nous reconnaissons le lien inextricable qui existe entre eux, et nous nous engageons une nouvelle fois à réaliser les objectifs de ce programme.