Guatemala: les jeunes femmes mayas prennent en main leur avenir

Date: 21 Nov 2011

Les agents du changement tels que Laura s'attachent à faire changer la vie des jeunes femmes des communautés autochtones du Guatemala. (Crédit photo: ONU Femmes /Phil Borges)

A 24 ans, Laura a déjà enduré une vie de souffrance.

Ayant grandi dans une communauté autochtone de Quetzaltenango, dans l'ouest du Guatemala, Laura a perdu sa mère au tendre ge de 13 ans. Elle a dû quitter l'école pour faire office de mère de substitution pour ses huit frères et sœurs. Son père s'est mis à sombrer dans l'alcoolisme, devenant violent. Laura fut régulièrement sa victime.

Mais Laura ne s'est jamais avouée vaincue. Aujourd'hui, elle défend la cause des femmes et des adolescentes, grce à un projet mis en œuvre par Population Council Guatemala, organisation bénéficiaire du Fonds d'affectation spéciale des Nations Unies pour mettre fin à la violence à l'égard des femmes. Le projet vise à autonomiser les jeunes femmes autochtones en tant qu'agents du changement au sein de leurs communautés.

Des solutions venant de l'intérieur

Le Guatemala a derrière lui un sombre passé de décennies de guerre civile, au cours duquel les femmes, notamment celles venant des communautés autochtones, ont été exposées à de multiples formes de violence. Près de 45 pourcent de femmes guatémaltèques ont été victimes d'une forme quelconque de violence au cours de leur existence.

Ainsi que Laura en a fait l'expérience, les femmes guatémaltèques qui veulent changer leur vie en passant d'un quotidien marqué par les abus et l'oppression à une situation caractérisée par le respect, la sécurité et la confiance font face à un défi difficile. Mais le Population Council et ses partenaires locaux pensent que ce changement est possible. Ce qui est primordial à cet égard est de faire évoluer la situation des jeunes femmes autochtones afin d'amener les communautés dans leur ensemble à rechercher des solutions pour un avenir meilleur.

« Nous travaillons avec les filles et les jeunes femmes en vue d'amener leurs communautés à reconnaître et à définir le problème de la violence, et de trouver des solutions de l'intérieur, au lieu de se les voir imposer depuis l'extérieur » explique Alejandra Colom, Administratrice de programme au sein de Population Council Guatemala.

Mentorat pour le changement

Une des pierres angulaires du projet est un modèle de mentorat grce auquel les jeunes femmes autochtones sont engagées comme stagiaires au sein des organisations locales et participent à toute une palette d'activités au niveau de la prévention de la violence. Le projet touche plus de 4.000 filles dans 45 communautés mayas, dans cinq Etats de l'ensemble du Guatemala.

Laura effectue son stage au sein de l'organisation Defense of Indigenous Women (DEMI) à Quetzaltenango. Elle dirige les clubs de filles de sa communauté en vue d'explorer les questions de l'estime de soi, des droits de l'homme, de la santé en matière de reproduction et de la prévention de la violence. Sûre d'elle et pas beaucoup plus grande que la plupart de ses étudiants, Laura regarde chacun de ses étudiants droit dans les yeux au moment de commencer la discussion.

Laura n'a pas toujours fait preuve d'autant d'assurance. Mais après avoir été battue pendant plus de dix ans, elle a pris la décision de se défendre elle-même et de se créer une vie différente, pleine de force et de dignité.

Lorsque Laura a entendu que DEMI faisait passer des entretiens pour un programme de stage, elle a trouvé une excuse pour sortir de chez elle et y participer. Un jour plus tard, elle se voyait offrir le poste. C'était la première fois de sa vie qu'elle se sentait valorisée.

C'était il y a à peine un an. Mais beaucoup de choses peuvent se passer en l'espace d'un an dans la vie de quelqu'un déterminé à changer d'existence.

Rendre les filles visibles pour la première fois

Les filles dirigeantes et membres des clubs de filles participent également à un exercice de cartographie de la communauté. Au moyen de la technologie GPS, elles identifient chaque foyer, btiment et route afin de réaliser des cartes qui montrent où les filles et les femmes se sentent en sécurité ou en danger.

« Les filles étant censées rester à la maison, les dirigeants des communautés ne savent même pas précisément combien de filles elles comptent » explique Alejandra. « Le fait de réaliser une carte de la communauté permet pour la première fois de rendre visibles les jeunes femmes et de mettre en exergue leurs préoccupations au niveau sécuritaire. Les dirigeants sont également impressionnés de voir les filles utiliser la technologie ».

Les cartes de sûreté de la communauté permettent de catalyser les discussions sur la violence contre les femmes et les filles, ainsi que sur les manières dont la communauté peut la prévenir en réunissant ses forces. Le programme de mentorat a permis de promouvoir non seulement les perspectives de carrière pour les jeunes femmes autochtones, mais aussi la détection précoce et la réponse à la discrimination et aux cas de violences.

En plus de son stage, Laura poursuit sa scolarité, dans l'espoir de devenir avocate et ainsi de pouvoir peut-être prendre la parole de manière plus officielle et juridique aux femmes guatémaltèques. Aujourd'hui, elle sourit avec confiance lorsqu'elle se trouve en présence de son père. Redevenu sobre, ce dernier accepte désormais avec une certaine fierté de voir sa fille jouer ce rôle, lorsqu'il écoute le message qu'elle s'attache à faire passer.

Géré par ONU Femmes au nom du système des Nations Unies, le Fonds d'affectation spéciale des Nations Unies pour mettre fin à la violence à l'égard des femmes est une source principale d'appui pour les projets novateurs, qui lutte contre l'un des problèmes les plus urgents de notre temps. Le Fonds d'affectation spéciale des Nations Unies dépendant des contributions volontaires, votre don est crucial ! Rejoignez-nous dans cette tche vitale. Faites un don au Fonds d'affectation spéciale des Nations Unies.