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Échapper au fléau de la mutilation génitale féminine en Tanzanie : une école masaï accorde des bourses aux filles menacées

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Date: 28 November 2012

« Pour vous marier, vous devez être excisée : vous évitez ainsi de faire honte à votre famille si vous tombez enceinte » explique Nengai, une fière institutrice d'école de 26 ans. À Gelai, le village rural dans lequel elle a grandi, toutes les filles qu'elle connaissait ont été excisées, généralement après avoir terminé l'école primaire.

Nengai Lazaro enseigne les jeunes filles à l'école MWEDO près d'Arusha
Nengai Lazaro enseigne les jeunes filles à l'école MWEDO près d'Arusha. Photo gracieuseté de Nengai Lazaro.

Sa propre mère venait d'une famille pauvre et avait été mariée à seulement 9 ans à un homme qui avait déjà quatre femmes - le futur père de Nengai. A l'instar de ce qui se passe pour d'innombrables filles de la région, l'histoire semblait devoir se répéter avec un effroyable entêtement une fois que Nengai aurait bouclé son enseignement primaire. Son père voulait qu'elle soit excisée « afin qu'elle puisse épouser un homme riche, qui a déjà quatre femmes, en échange de quelques vaches ».

Selon l'Organisation mondiale de la Santé, quelque 140 millions de femmes et de filles à travers le monde subissent les conséquences de l'excision, également connue sous le terme de mutilation génitale féminine (MGF), la plupart en Afrique. Ce phénomène est souvent lié au mariage précoce et à la fin de l'instruction des filles. Une fois qu'elle a été « excisée », parfois dès 9 ans, une fille est déjà considérée comme mariée. Elle permettra d'obtenir une dot souvent cruellement nécessaire, qui sera payée à la famille sous forme de têtes de bétail. Souvent justifiée pour des raisons de « tradition », la MGF est pourtant internationalement reconnue comme une violation des droits fondamentaux. Au-delà du traumatisme physique et émotionnel associé à cet acte, la MGF fait courir un risque accru de transmission du VIH/sida, en raison du fait que les instruments sont souvent partagés, et expose à des risques d'infection ou de saignements prolongés, qui peuvent souvent entraîner la mort.

Nengai se souvient avoir eu peur, sans savoir à quel point cet acte pourrait être horrible. Traumatisée et effrayée, elle s'est confiée à sa mère, qui lui a parlé des souffrances qu'elle avait elle-même connues et des mauvais traitements qu'elle avait endurés en tant qu'enfant mariée. « Elle m'a conseillé de m'enfuir » raconte-t-elle.

Nengai s'est enfuit et a trouvé refuge chez l'une de ses professeurs, qui n'a pas hésité à mettre sa propre sécurité en jeu en l'accueillant à l'École secondaire de l'Église luthérienne des filles masaïs, Après avoir terminé ses études et une formation d'enseignante, Nengai travaille désormais dans les régions voisines d'Arusha et de Manyara, où habitent d'importantes populations masaïs, et où l'organisation partenaire des Nations Unies, la Maasai Women Development Organisation (MWEDO), assure l'instruction des femmes et des filles depuis des années.

Agrave; l'école des filles de la MWEDO près d'Arusha, des filles telles que (de gauche à droite) Narau Kimani, Rhoda Bakari et Naserian Elikana échappent aux horreurs de la mutilation génitale féminine et du mariage d'enfants.
À l'école des filles de la MWEDO près d'Arusha, des filles telles que (de gauche à droite) Narau Kimani, Rhoda Bakari et Naserian Elikana échappent aux horreurs de la mutilation génitale féminine et du mariage d'enfants. Crédit photo: ONU Femmes/Laura Beke
À l'école des filles de la MWEDO, basée à proximité du village d'Arusha, 86 filles - dont beaucoup auraient été autrement excisées et/ou mariées - ont été identifiées et se sont vues octroyer des bourses complètes afin de leur permettre d'atteindre un niveau minimum d'éducation, et de valoir plus qu'une dot aux yeux de leurs familles.

« L'histoire de Nengai est triste » indique Narau, 15 ans, une de ses élèves. « Mais je me réjouis qu'elle soit notre professeur, car elle peut nous apporter beaucoup. Elle est passée par là. Je ne suis pas mariée, mais si je n'allais pas à l'école, je le serais et j'aurais déjà des enfants. »

Sa camarade de classe Mereso, 14 ans, indique que sa mère et son frère ont été fous de joie lorsqu'elle s'est vue accorder une bourse de la MWEDO, il y a trois ans.

Mereso, fille de 14 ans, indique qu'elle serait sûrement devenue une enfant mariée si elle n'avait pas remporté une bourse de l'école des filles de la MWEDO
Mereso, fille de 14 ans, indique qu'elle serait sûrement devenue une enfant mariée si elle n'avait pas remporté une bourse de l'école des filles de la MWEDO. Crédit photo: ONU Femmes/Laura Beke

« Mais mon père était furieux » admet-elle. « Il avait pour projet de me marier dès que j'aurais terminé l'école primaire ».

Mais l'éducation a permis d'élargir son horizon. « Mon sujet favori à l'école est l'histoire. J'adore apprendre des choses sur l'économie coloniale, la résistance et la collaboration. L'histoire de mon pays est une source d'inspiration, et je veux devenir avocate afin de pouvoir défendre les jeunes filles et mettre fin à leurs mariages précoces ».

Dans le cadre des 16 Jours d'activisme contre la violence basée sur le genre de cette année, ONU Femmes et le Groupe interinstitutions des Nations Unies sur les femmes de Tanzanie appuient la « Caravane du changement », un bus transportant 25 militants, journalistes et membres des ONG qui organisent des forums, des émissions de radio, des spectacles de danse et d'autres activités afin d'appuyer une législation nationale pénalisant la MGF. La Caravane a quitté la capitale, Dar es-Salaam, le 26 novembre, et s'arrêtera dans plusieurs villages avant d'arriver à Tarime, un district de la région de Mara où une procession de MGF doit être organisée le 1er décembre. Les années paires, de nombreuses tribus ont pour tradition de lancer de telles « processions », au cours desquelles des milliers de filles sont mutilées en public, en complète violation de la loi tanzanienne.