Des jeunes femmes trouvent leur voix et leur aptitude à diriger en Bosnie-Herzégovine

Date: 12 Aug 2012

Mettant l'accent sur le volontariat, le leadership, les droits des femmes et la démocratie, les formations ont souvent été interactives, et ont fait appel aux jeux de rôles ou à la sensibilisation. Crédit photo : Institut pour le développement des jeunes (KULT)

Les conversations ont pris un tour plus animé autour des tables de dîner en Bosnie- Herzégovine, selon une jeune femme Bosniaque. « En Bosnie-Herzégovine, nous vivons dans une communauté patriarcale. Les repas familiaux donnent souvent lieu à des discussions sur ce que les hommes et les femmes doivent faire - sur les obligations des femmes à la maison » souligne la Coordonnatrice de projets Nejra Kadic, 23 ans, avec un grand sourire. « Mes amis et moi-même pouvions dans le passé nous risquer à faire de petits commentaires, mais aujourd'hui, nous avons de bons arguments ! Nous avons véritablement la possibilité de convaincre notre entourage que les femmes doivent par exemple travailler, et non pas seulement faire office de domestique ».

C'est en 2009 qu'un appel de l'Institut pour le développement des jeunes (KULT) a été pour la première fois lancé à l'attention des municipalités du pays. Transmis par le biais des organisations non gouvernementales (ONG) locales travaillant en faveur des jeunes, et appuyé par le Fonds pour l'égalité des sexes, il se proposait d'offrir aux jeunes femmes l'opportunité d'acquérir des compétences au niveau du leadership, de leur donner confiance en elles-mêmes et de mieux comprendre les mécanismes de la Bosnie-Herzégovine en matière de droits humains et des femmes.

Le programme s'est attaché à remettre en cause les stéréotypes sexistes répandus dans le pays, notamment ceux qui empêchent les filles des communautés rurales, où les traditions sont les plus ancrées et les systèmes patriarcaux demeurent solides, d'avoir des aspirations ambitieuses. Le personnel du KULT a noté qu'une dimension de genre manquait dans la plupart des stratégies en faveur de la jeunesse, les filles étant souvent mises à l'écart des programmes visant à renforcer les compétences ou l'estime de soi.

Menée à bien depuis la fin de l'an dernier, l'initiative a fait participer 180 jeunes femmes gées de 15 à 30 ans à huit ateliers de travail organisés au cours du week-end, dans 12 municipalités. Couvrant des questions allant du volontariat et du leadership aux droits des femmes et à la démocratie, les formations ont été interactives et ont fait appel à de la musique, des vidéos et des jeux de rôles.

Elles ont mis les filles en contact avec les ONG locales et des femmes professionnelles pouvant leur servir de modèles. « Cette initiative nous a donné des informations sur le travail des Centres pour l'égalité des sexes de Bosnie-Herzégovine. Nous avons notamment appris ce que les ONG de femmes du pays faisaient et essayaient de réaliser » explique Kadic, qui travaille pour le KULT, qui a réalisé les ateliers de travail avec une ONG partenaire, l'Association d'experts de la Bosnie-Herzégovine. « On nous a enseigné comment parler face à un public, comment travailler avec les médias et rédiger des communiqués de presse, et comment organiser des campagnes ».

Pour certaines, le programme a inclus un voyage à Sarajevo, la capitale du pays, en vue d'établir des réseaux avec les jeunes femmes de tout le pays. D'autres se sont rendues à Cologne en Allemagne, pour examiner la manière dont les centres pour la jeunesse et ceux pour les femmes de la ville fonctionnent et travaillent avec les jeunes, notamment sans abri, et pour établir un rapport à ce sujet. D'autres ont suivi une « formation pour les formateurs », qui leur a permis de mettre à profit ce qu'elles avaient appris pour autonomiser les femmes de leurs quartiers.

Pour beaucoup, l'impact a été important. Les filles ont indiqué avoir davantage confiance en elles et une meilleure perception d'elles-mêmes. Elles ont aussi initié ces changements dans leurs parcours professionnel, et se sont impliquées de manière croissante au sein de leurs communautés. Dans la municipalité d'Ilidža, Lejla Salkanovic, jeune femme de 24 ans, estime que c'est grce à ce programme qu'elle a pris la décision de rechercher un travail au sein d'une ONG. Elle a aidé son employeur à assurer un contrat avec l'Institut pour le développement des jeunes.

À Sarajevo, Ena Sokol, gée de 28 ans, a réussi à décrocher une bourse pour effectuer des études médicales de cycle supérieur aux Pays-Bas, en grande partie selon elle grce à son militantisme social et à l'appui de son personnel de programme. Beaucoup d'autres jeunes femmes se trouvent en premières places sur les listes des ONG, et sont fréquemment sollicitées pour apporter leur appui ou faire bénéficier de leur leadership.

Pour Kadic également, le changement a été notable. Décrivant sa récente mission visant à changer la culture du campus, et à faire utiliser un langage sensible au genre par les conférenciers universitaires intervenant au cours de ses classes (comportant plus de 60 pour cent de femmes chacune), elle se rappelle comme elle a dû faire preuve de diplomatie pour arriver à ses fins. « Au début, comme cela s'est passé avec beaucoup de nos amis hommes, les professeurs souriaient, comme pour dire « Ah, ces sacrées féministes ! » se souvient-elle. « Mais à la fin, grce à une attitude amicale et en faisant preuve de beaucoup de patience, nous les avons convaincus de prendre les choses au sérieux ».

« Ce ne sont que des avancées modestes, mais qui, je le pense, perdureront. »

Le Fonds pour l'égalité des sexes travaille à autonomiser les femmes et les filles à travers le monde par le biais de subventions et de dons pluriannuels à fort impact allant jusqu'à un million de dollars, fournis directement aux organisations de femmes et aux agences gouvernementales engagées en faveur de l'égalité des sexes.