Observations de la Directrice exécutive d’ONU Femmes, Michelle Bachelet, à la réunion tenue avec les organisations non-gouvernementales africaines

Date : 27 January 2013

Observations de la Directrice exécutive d’ONU Femmes, Michelle Bachelet, à la réunion tenue avec les organisations de la société civile à Addis-Abeba, en Ethiopie le 27 janvier 2013.

[L’allocution prononcée fait foi]

Chers leaders, chers amis et chers défenseurs de l’égalité des sexes,

Je me réjouis vivement d’être parmi vous tous ici aujourd’hui. C’est fantastique de rencontrer les représentants des organisations de la société civile de toute l’Afrique.

Je vous remercie d’avoir répondu à mon invitation et je vous félicite pour le travail que vous réalisez afin de promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes. Votre travail n’est pas passé inaperçu auprès de la communauté internationale. Nous vous tenons en haute estime en tant que partenaires pour votre vision, votre courage et votre détermination.

À ONU Femmes, nous comptons sur des partenaires tels que vous. Une organisation ou un gouvernement ne peuvent à eux seuls réaliser l’égalité des sexes. Il nous faut travailler de concert. Et nous devons reconnaître une fois pour toutes que l’égalité des sexes et l’élimination de la violence à l’égard des femmes ne sont pas seulement des sources de préoccupations pour les femmes.

Ces questions peuvent et doivent être examinées par tout le monde, par les hommes, par les femmes, et par les jeunes, alors que nous œuvrons ensemble pour rendre nos sociétés et nos démocraties plus vigoureuses et plus viables.

Lorsque les garçons et les filles ont accès à l’éducation, lorsque les filles peuvent éviter les mariages précoces, lorsque les femmes et les filles peuvent vivre à l’abri de la peur et de la cruauté, et lorsque les hommes et les femmes peuvent bénéficier des mêmes droits et des mêmes chances et diriger ensemble, les familles et les sociétés se portent mieux, la paix et la démocratie sont plus vigoureuses et les économies plus prospères.

Je vous félicite pour l’excellent travail que vous réalisez pour promouvoir l’égalité des sexes et les droits des femmes en Afrique. Vous jouez un rôle vital dans vos pays pour vous assurer que de bonnes politiques et de bons programmes sont en place, pour que les gouvernements soient contraints de rendre des comptes.

Nous nous réunissons à un moment important : au moment où les dirigeants des 54 pays membres de l’Union africaine se réunissent pour débattre d’une nouvelle voie pour l’Afrique, afin d’élaborer des politiques et des positions et de définir le nouveau programme de développement de l’Afrique.

C’est un anniversaire important pour l’Union africaine, et toute l’équipe d’ONU Femmes célèbre la nomination de la première Présidente, le docteur Nkosazana Dlamini-Zuma. Alors que les chefs d’État débattent du panafricanisme et de la Renaissance africaine, les voix de la société civile africaine doivent être entendues.

A l’approche de l’échéance fixée pour la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement et du programme de l’après 2015, votre contribution reflètera la vision des citoyens, des hommes, des femmes et des jeunes africains.

Bien que tous les objectifs de développement aient enregistré des progrès, il reste encore beaucoup à faire si nous voulons édifier des sociétés stables et inclusives pour tous.

Des inégalités profondes sont au cœur de ces enjeux. Nous devons les éliminer et avancer ensemble sur la voie du développement durable ici en Afrique et dans le reste du monde.
Notre tâche consiste à maintenir le cap et à veiller à ce que la question de l’égalité des sexes figure au premier rang du programme politique, au cœur du nouveau programme de développement mondial ici en Afrique.

Il nous appartient de nous saisir de l’occasion du 50ème anniversaire de l’Union africaine pour créer une union sacrée qui promouvra non seulement l’égalité des sexes, mais lui donnera également la priorité.

Accroître la participation politique et le leadership des femmes est d’une importance vitale pour réaliser des progrès sur tous les fronts. Le docteur Zuma a annoncé l’engagement de l’Union africaine en faveur d’un objectif important : parvenir à la parité des sexes dans ses structures d’emploi, pour garantir que les femmes occupent des postes décisionnaires, et préconiser le développement des femmes sur tout le continent dans le cadre du programme de la Décennie de la femme africaine.

Je vous invite à avancer en nous exprimant d’une seule voix, en tirant parti du cinquantième anniversaire de l’Union africaine, et de vous fixer comme objectif pour 2050 de demander la parité des sexes au sein des parlements africains et des cabinets gouvernementaux.

Pour accélérer la participation des femmes, je suis vigoureusement favorable à des mesures spéciales temporaires telles que l’établissement de quotas, ce afin de créer des règles du jeu équitables. Nous aurons plus de chances de réaliser les objectifs que nous nous sommes fixés s’il y a davantage de femmes leaders. Les femmes ont une vision. Les femmes ont une voix et cette voix doit être entendue.

Nous comptons sur vous pour faire entendre la voix des femmes dans vos sociétés, pour veiller à ce que les femmes et les filles aient des chances égales et participent sur un pied d’égalité avec les hommes. Cela est particulièrement important sur leur lieu de travail et sur le marché du travail.

Où que j’aille je transmets ce message : libérer le plein potentiel des femmes peut stimuler la croissance économique, créer des emplois et des perspectives et améliorer la vie de tous les citoyens.
Il est de plus en plus clair que les sociétés et les économies se portent mieux et se renforcent lorsque les femmes participent pleinement et sur un pied d’égalité à l’édification de la société.

Ce sont là les conclusions auxquelles parviennent un nombre croissant d’études dans le monde : la Banque mondiale, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), l’ONU, les groupes de réflexion sur la politique et le secteur privé.

Toutes ces études parviennent à la même conclusion inéluctable : éliminer les entraves à la participation des femmes stimule le développement économique.On semble s’accorder sur le fait qu’une Renaissance africaine nécessite que les femmes jouent un rôle de chef de file.

Alors que les économies africaines progressent, les femmes peuvent contribuer à la mise en place d’un développement durable et d’une énergie propre pour tous. Déployons un effort pour exploiter tout le potentiel des femmes et des filles. Redoublons d’efforts pour éliminer toutes les formes de violence et de discrimination sexistes. Nous nous tiendrons à vos côtés pour veiller à ce que les droits de toutes les filles, de toutes les femmes, de vivre à l’abri de la peur, de la discrimination et de la violence soient protégés.

La violence sexuelle, les mutilations génitales féminines, et les mariages précoces continuent de priver les filles des chances d’édifier l’avenir radieux qui leur appartient de droit. La violence à l’égard des femmes et des filles se poursuit quotidiennement dans tous les pays du monde. Nous devons mettre fin à l’impunité qui permet à ces crimes de se poursuivre.

Je félicite l’Afrique d’avoir été l’auteure de la première résolution, adoptée en décembre dernier, à l’Assemblée générale de l’ONU visant à interdire les mutilations génitales féminines dans le monde.

Alors que nous nous tournons vers l’avenir et que nous nous préparons à la prochaine 57e session de la Commission de l’ONU sur la condition de la femme, je vous demande instamment de vous organiser et de présenter une position commune sur la question de la violence à l’égard des femmes, assortie des recommandations essentielles.

J’ai exhorté les chefs d’État et de gouvernement du monde entier, dans le cadre de la campagne Tous UNiS, à prendre des engagements fermes pour mettre fin à la violence contre les femmes et les filles. À ce jour, 16 ont répondu positivement à ma requête, l’un d’entre eux étant le Togo, le seul pays africain sur les 16.

Œuvrons ensemble pour inciter chaque nation africaine à s’engager publiquement et vigoureusement pour mettre fin à la violence à l’égard des femmes.

Pour faciliter la coopération, ONU Femmes a établi des groupes consultatifs de la société civile aux niveaux mondial, régional et national afin de créer des espaces de dialogue et d’engagement.

J’accueille avec plaisir les idées et les vues que vous pourriez avoir sur la manière dont ces groupes pourraient être organisés efficacement en Afrique. Je vous encourage également à tirer parti de la plateforme extranet pour la communication en ligne avec d’autres groupes de la société civile.

Je vous encourage aussi à maintenir les voies de communication ouvertes avec ONU Femmes dans vos pays en prenant part aux processus consultatifs menés par les bureaux de pays.

ONU Femmes se tournera vers vous pour obtenir des contributions et des orientations, alors que nous travaillons ensemble pour faire avancer le programme de la renaissance africaine et notre vision commune du programme de développement pour l’après 2015 et pendant ces 50 prochaines années.

Nous plaçons beaucoup d’espoirs dans l’avenir de l’Afrique. Et vous, en tant que membres de la société civile, constituez un moteur puissant de la vision panafricaine. Comme vous l’avez fait en octobre dernier, vous continuerez de vous exprimer à l’unisson pour décrire au monde la vision que vous souhaitez pour l’Afrique.

ONU Femmes se réjouit de travailler avec vous pour renforcer l’égalité, la justice et la démocratie. Je me réjouis d’entendre vos vues quant à la manière dont nous pouvons mieux travailler ensemble pour atteindre nos objectifs communs relatifs à l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes.

Je vous remercie.