Placer les femmes au premier rang de la protection contre le changement climatique et la gestion des catastrophes dans le Pacifique

Que ce soit en donnant aux femmes des îles Fidji une formation d’ingénieur en énergie solaire, ou en participant au plan d’intervention humanitaire après un violent cyclone aux îles Tonga, ONU Femmes collabore avec les professionnels du changement climatique et de la gestion des catastrophes à travers le Pacifique.

Date: 04 Jun 2014

Fijian solar engineers
Reapi Waitaleca, l’ingénieure en énergie solaire, avec sa stagiaire, à Kadavu, en 2013. Photo : ONU Femmes/Laura Cleary

Reapi Waitaleca est une grand-mère qui vit à Nabouwalu, un village situé sur l’île de Kadavu, aux Fidji. C’est aussi une ingénieure diplômée en énergie solaire qui a installé des panneaux solaires dans tous les foyers de son village, et monté un atelier d’énergie solaire. Elle entraîne actuellement une apprentie- ingénieure de 18 ans, diplômée du secondaire.

« Samedi dernier je faisais la lessive, alors je lui ai demandé [à la jeune stagiaire] de réparer le régulateur de charge dans la salle communale, et elle l’a fait », s’exclame Reapi.

Reapi est l’une des dix Fidjiennes qui ont installé les panneaux solaires de 376 foyers dans 12 villages à travers les Fidji, après avoir participé au programme « Les femmes rurales illuminent le Pacifique », qui comporte six mois de formation en Inde. Dans ce programme, ONU Femmes collabore avec le Barefoot College pour donner aux femmes une source de revenus et une plus grande influence dans leur village, créant ainsi des exemples qui pourront encourager d’autres femmes et filles à dépasser les rôles sociaux traditionnels fondés sur le genre.

Dans cette perspective, l’électricité solaire devient beaucoup plus qu’une simple source d’énergie écologique. Pour de nombreuses communautés du Pacifique vivant isolées sans accès au réseau électrique national, cela représente également une solution énergétique efficace qui pourra stimuler les progrès en matière de réduction de la pauvreté, et dans les domaines de l’égalité des sexes, de l’éducation et de la santé.

Constituée de petits États insulaires isolés et de faible altitude, la région du Pacifique a été l’une des premières à ressentir les effets du changement climatique, depuis des phénomènes météorologiques extrêmes jusqu’à d’autres formes de dommages écologiques tels que l’augmentation de la salinité des sols et des eaux. La plupart des pays et des territoires des îles du Pacifique font déjà l’expérience de ces dangers liés au climat.

D’après les études, 18 millions de personnes ont été touchées par des catastrophes liées à des phénomènes météorologiques dans les îles du Pacifique, contre 1,2 million dans les années 1980 [1]. Selon le Fonds international de développement agricole (FIDA), agence spécialisée des Nations Unies, une hausse de température de 2 pour cent pourrait augmenter de 12 à 15 pour cent2 l’intensité des cyclones tropicaux dans le Nord-Ouest du Pacifique [2].

Les femmes du Pacifique possèdent les compétences et le savoir nécessaires en matière de sources d’eau salubre, de préparation de nourriture, d’agriculture et de moyens de subsistance ; elles sont pourtant souvent exclues des processus de prise de décision ayant trait à l’adaptation aux changements climatiques et à l’atténuation de leurs effets, ainsi qu’à la gestion des risques de catastrophes.  

Les femmes sont ainsi confrontées, au lendemain des catastrophes, à de nombreux effets secondaires et intangibles qui peuvent conduire à d’autres désastres.

Parmi ces effets, souvent enracinés dans les inégalités de genre existantes, figurent l’augmentation du taux de violence, fondée sur le genre ou sexuelle, l’inégalité d’accès à l’assistance humanitaire, la perte de perspectives économiques, et l’augmentation de la charge de travail. Après que deux cyclones tropicaux aient frappé la province de Taféa dans l’archipel des Vanuatu en 2011, le centre d’aide aux femmes de Tanna a signalé une augmentation de 300 pour cent des nouveaux cas de violence domestique [3].

ONU Femmes fournit une formation, un soutien et des ressources aux professionnels du changement climatique et de la gestion des catastrophes dans le Pacifique, afin de les aider à prendre en compte les besoins différents des femmes et des hommes.

L’une de ces ressources est la pochette d’information sur le genre et le changement climatique dans le Pacifique. Axée sur la sécurité alimentaire, l’eau, l’énergie et la réduction des risques de catastrophes, cette pochette d’information a été élaborée dans le but d’aider à dissiper les mythes qui entourent le genre. Elle est destinée aux professionnels du changement climatique, qu’ils travaillent au sein d’un gouvernement, dans des organisations non-gouvernementales, ou dans des organisations régionales ou internationales.

La pochette d’information est le fruit d’une collaboration entre ONU Femmes, le Secrétariat général de la Communauté du Pacifique, l’Agence allemande de coopération internationale (GIZ), le Secrétariat du Programme régional océanien pour l’environnement, et le PNUD (Programme des Nations Unies pour le développement). Le programme de formation qui l’accompagne est en cours.

Cyclone destruction in Tonga
Le cyclone tropical Ian a dévasté les îles Ha’apai dans l’archipel des Tonga. Photo : Ministère de l’Intérieur/’Ofa Masila

En outre, le personnel d’ONU Femmes était sur place au lendemain de plusieurs des récentes catastrophes dans la région. Le cyclone tropical Ian, qui a frappé Ha’apai le 11 janvier 2014, est le plus violent que l’archipel des Tonga ait jamais enregistré. Quand le ciel s’est dégagé, on a constaté qu’environ 5 000 des 6 100 habitants de Ha’apai avaient directement été touchés, dont 3 500 étaient sans abri.

Le gouvernement des Tonga a demandé l’assistance d’ONU Femmes pour seconder les autorités nationales dans leur effort pour désagréger, par sexe et par âge, les données sur la population touchée ; de plus, l’organisation a fourni un soutien permettant de veiller à ce que le plan d’action humanitaire et l’évaluation des mesures de protection prennent compte des sensibilités de genre.

« L’assistance que nous avons fournie s’est appuyée sur le leadership solide déjà présent », dit Pip Ross, la conseillère en matière de protection et de genre d’ONU Femmes aux Fidji, qui a travaillé en liaison avec le gouvernement des Tonga. « Je suis convaincue que le groupe national de sécurité et de protection est sur la bonne voie pour remplir cette tâche difficile ».

Pour plus d’informations sur les Femmes et l’environnement, consultez les articles figurant dans la section Gros Plan du nouveau site Internet de la campagne Beijing+20.



[1] Anderson, C L. (November 2009) “Gendered dimensions of disaster risk management, natural resource management, and climate change adaptation in the Pacific”. SPC Women in Fisheries Information Bulletin #20.

[2] IFAD, 2012. Climate Change Impacts: Pacific Islands.

[3] HCDH, 2011. Protecting the Rights of Internally Displaced Persons in Natural Disasters. Challenges in the Pacific.