Des femmes l’emportent aux urnes à Trinité-et-Tobago

Avec l’appui du Fonds d’ONU Femmes pour l’égalité des sexes, un réseau d’ONG à Trinité-et-Tobago aide aujourd’hui des candidates à des élections à mieux se défendre. Elles sont formées à la connaissance et à l’usage des règles, et équipées pour changer le système.

Date : 27 June 2014

Gloria Calliste, candidate au poste de conseiller pour le gouvernement local, marche dans sa circonscription. Photo gracieuseté du T & T Guardian.
À la manière d’une disc-jockey, montée sur son camion de campagne, le micro en main, elle chante en scandant « nous sommes prêtes » et danse aux rythmes du calypso, du soco et d’autres musiques entraînantes, toujours populaires même en pleine campagne électorale à Trinité-et-Tobago.

Cependant, faire campagne n’est pas toujours aussi amusant. « Nous allons visiter chaque maison. Parfois, nous sommes accueillies par des chiens méchants ; d’autres fois, nous avons à sauter des fossés et à porter des bottes pour ne pas glisser dans la boue, » déclare Hilary Bernard, une dentiste de 51 ans devenue conseillère municipale.

Tout ce dur travail a porté ses fruits en octobre dernier, à l’issue de sa seconde tentative électorale, où elle a aisément remporté le scrutin dans la circonscription d’Arima nord-est (4 028 habitants), dans la partie nord centrale de Trinité. 

Ayant grandi dans un foyer qu’elle qualifie de strict, traditionaliste et « chauvin », Hilary a l’habitude de vaincre les attentes des autres. Contre les vœux de ses parents, elle a lutté financièrement pour atteindre à son but : faire des études de médecine dentaire aux États-Unis. « La pire chose que l’on puisse me dire, c’est que je suis incapable de faire ceci ou cela, » dit-elle en souriant.

Son diplôme de dentiste en main, elle a regagné Trinité -et-Tobago pour ouvrir son propre cabinet. Elle s’est engagée dans la vie de son église locale et, par le fait d’aider autrui et de rechercher la justice, elle en est venue à concevoir l’action politique locale comme le moyen d’amorcer les changements nécessaires. Ayant perdu ses premières élections en 2010, elle a décidé de réessayer, mais en étant mieux préparée cette fois-ci.

Hilary est l’une des plus de 100 candidates qui ont été formées par le Réseau des ONG de Trinité-et-Tobago pour la promotion des femmes, une organisation faîtière nationale de toutes les organisations de femmes du pays, et bénéficiaire d’une subvention de la part du Fonds pour l’égalité des sexes d’ONU Femmes. Les candidates en puissance, qui proviennent de tous les partis, suivent un cours de formation rigoureux de huit modules désigné « S’entraîner, Se porter candidate, Gagner et Mener ». Elles y apprennent les différentes fonctions et responsabilités du gouvernement, la pratique des communications, le leadership et la budgétisation sensible à la dimension du genre.

Arlene Ramdeo, 41 ans, déclare de son côté que cette formation lui a donné la confiance de parler en public spontanément et en toutes circonstances. Elle aussi a brigué une fonction électorale sans succès en 2010, mais a été élue peu après avoir fini sa formation, aux élections de 2013, l’emportant sur trois candidats masculins dans le district d’Erin, dans la partie sud-ouest de Trinité.

« Auparavant, j’étais incapable de prendre la parole devant un public, mais après avoir terminé cette formation, j’étais bien mieux armée, » dit-elle. « On m’a également appris comment établir un budget, et comment écouter les gens avant de prendre une décision. Ces conseils m’ont été fort utiles ».

Hilary considère aussi que la formation lui a ouvert les yeux. « Elle m’a aidé à comprendre qu’il était tout à fait admissible qu’une femme se mette en avant. J’avais toujours pensé précédemment qu’une femme ne pouvait pas se permettre d’être à la fois femme et leader sans être jugée hargneuse et autoritaire ». Comme cette formation réunissait des femmes de tous les partis politiques, Hilary a constaté que des femmes pouvaient être rivales sans pour autant être ennemies. Nous avons appris que nous pouvions mener une campagne sans salir qui que ce soit, sans lancer des flèches empoisonnées et sans jeter des pierres. Il m’a été possible de me centrer sur le positif, sur ce que j’étais en mesure d’offrir, et de montrer de la sympathie à l’égard des manquements de mon prédécesseur, tels que je les entrevoyais. »

Depuis janvier 2013, 40 sessions de formation ont déjà eu lieu, et le Réseau garde ensuite le contact avec toutes les participantes, leur proposant régulièrement des cours spécifiques, par exemple un forum sur le financement en faveur des femmes au sein des partis politiques, auquel Hilary entend assister.

Le projet vise à former et à appuyer au moins 700 femmes d’ici à décembre 2014 – y compris les candidates présentes et potentielles aux élections dans 14 municipalités, à l’Assemblée de Tobago et aux législatives – ainsi que des jeunes et des activistes.

Il cherche à amorcer un processus de changement en faveur d’une inclusion et d’une participation accrues des femmes au niveau local et national du gouvernement, en renforçant les capacités des municipalités et de l’Assemblée de Tobago en matière de planification sensible à la dimension du genre. 

Le but ultime est de développer les capacités de femmes à connaître les règles de la politique, à les utiliser et à changer le système. Le projet vise à mieux sensibiliser les femmes à leur droit d’accès et de participation sur un pied d’égalité aux structures du pouvoir et aux prises de décision, comme le garantissent les conventions et les déclarations souscrites par les gouvernements des Caraïbes, telles que la Déclaration et la Plateforme d’action de Beijing, que le Réseau a vu prendre forme lors de la Quatrième Conférence mondiale de Beijing en 1995.

« La formation, les forums, les ateliers et la création de réseaux non seulement développent les capacités individuelles des participantes, mais favorisent aussi une atmosphère de collaboration permettant de trouver des solutions avantageuses pour tous, » déclare Terre Ince, chef du projet Leadership des femmes au gouvernement local du Réseau.

« Nous prévoyons également de créer un caucus apolitique de femmes au sein du parlement et des administrations locales, » ajoute Hazel Brown, coordinatrice du projet.

Les résultats de cette formation sont déjà visibles. La moitié des participantes qui se sont alignées aux élections locales de 2013 ont remporté des sièges qui auparavant étaient pratiquement tous occupés par des hommes. La proportion globale des sièges occupés par des femmes aux conseils municipaux est passée de 29 à 33 pour cent, et des femmes ont obtenu un nombre appréciable de positions de responsabilité, y compris celles de 29 conseillères municipales et de 9 présidentes de commissions statutaires. Des femmes ont également brigué comme jamais auparavant des positions de leadership au sein des quatre partis nationaux.

Le Réseau a offert une assistance technique à des femmes candidates à des positions de direction de partis ainsi que de leurs équipes de campagne. Il poursuivra ses programmes de formation jusqu’aux législatives de 2015.

Pour plus d’informations sur les Femmes et la prise de décisions, consultez les articles figurant dans la section Gros Plan du nouveau site Internet de la campagne Beijing+20.