Broderies et semis font fleurir l’autonomie en Asie centrale

Grâce à un programme de migration régionale, plus de 5 000 familles de travailleuses et travailleurs migrants au Kirghizistan et au Tadjikistan ont reçu une formation, des ressources financières et des microcrédits, leur permettant de devenir des entrepreneuses et entrepreneurs autonomes.

Date: 31 Aug 2014

Central Asia Chairwoman
La présidente du fonds communautaire local, Mairam Dukenbaeva, à Issyk-Jul au Kirghizistan. Photo : ONU Femmes/Malgorzata Woch

Dans le petit village rural de Svetlaya Polyana, non loin de la ville de Karakol dans la province d’Issyk-Kul au nord-est du Kirghizistan, il n’y a pas de système d’égouts et 70 pour cent des foyers ne disposent pas d’eau chaude. Par contre, il y a actuellement des jardins potagers qui se développent. Et on peut voir – dans la maison des femmes qui sont membres du fonds communautaire – des semis de concombre, de tomate, de poivron, et même de fleurs, en train d’être préparés pour être mis en terre.

Ces femmes prennent part à l’une d’une série de formations agricoles où elles apprennent à planifier un potager, préparer le sol, trouver des graines de bonne qualité, planter des légumes et en prendre soin, sans oublier les conseils horticoles, les recettes et bien d’autres choses encore.

« Nous avons toutes beaucoup appris. Maintenant je sais comment faire pour avoir une bonne récolte », a dit l’une des bénéficiaires. « J’ai maintenant un beau potager écologique, j’ai des légumes sains pour ma famille que je sais planter moi-même, et je n’ai rien d’autre à acheter au marché ».

Grâce à cette culture potagère en commun, leur récolte de 2013 leur a rapporté un bénéfice de 48 000 soms kirghizes (soit 930 dollars US), qui a été réinvesti dans des projets communautaires et a permis d’acheter des graines de bonne qualité. Les petites entreprises établies grâce au programme créent désormais des emplois dans cette région rurale, ce qui augmente l’autonomie et les revenus des ménages, non seulement en été mais aussi durant les rudes mois d’hiver, pendant lesquels les conserves de légumes et les confitures de fruits sont vendues.

« Le Programme de migration régionale d’Asie centrale est extrêmement important pour le développement de notre communauté », dit Jylkychy Mamytkanov, maire de Svetlaya Polyana. « Les participantes au programme ont réussi à créer entre elles un réseau de solidarité et d’entraide. (…) De plus, les revenus que nous avons déjà perçus avec la vente de nos légumes vont permettre à notre communauté de faire de nouveaux investissements à l’avenir, notamment pour construire des serres ».

Dans toute l’Asie centrale, beaucoup de familles et d’individus vivant dans la pauvreté migrent pour trouver du travail. Selon l’OIM, il y a actuellement 29,9 millions de migrantes/s en Europe du Sud-Est, en Europe de l’Est et en Asie centrale, dont une majorité de femmes. Certes, la migration fournit une source vitale de revenus, mais celles et ceux qui ne partent pas se sentent souvent dépendants et ont du mal à joindre les deux bouts.

C’est pour s’attaquer à ce type de défis que le Programme de migration régionale d’Asie centrale a été créé en 2010. La deuxième phase du programme est en cours, et elle se poursuivra jusqu’en mars 2015. Mise en œuvre conjointement par ONU Femmes, la Banque mondiale et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) avec le support financier du gouvernement britannique, le programme s’attache à réduire la pauvreté à travers l’amélioration des moyens d’existence des travailleuses/eurs migrants et de leurs familles, la protection de leurs droits, et l’accroissement de leurs avantages sociaux et économiques.

Le programme de migration régionale s’adresse aux familles des deux pays d’où partent le plus grand nombre de migrants de la région, à savoir le Tadjikistan et le Kirghizistan. De 2011 à 2013, plus de 5 324 familles de travailleuses/eurs migrants vivant dans ces deux pays ont reçu une formation, ont eu accès à des ressources et des microcrédits, et sont devenues entrepreneures indépendantes par le biais du programme.

De plus, le programme de migration régionale encourage l’élaboration de politiques, fournit une assistance technique et favorise le dialogue régional sur la migration et les besoins des travailleuses/eurs migrants partout au Tadjikistan, au Kazakhstan et au Kirghizistan et dans la Fédération de Russie. Dans ces quatre pays, plus de 520 000 travailleuses/eurs migrants, ainsi que leurs familles, ont bénéficié d’un large éventail de prestations, et notamment d’une assistance et d’une éducation juridiques.

Desseins et dessins au Tadjikistan

Née au nord du Tadjikistan, dans la lointaine province de Gonchi, Farangis Azamova rêvait de devenir dessinatrice, mais n’ayant pas les moyens de s’offrir des études universitaires, la jeune campagnarde a dû trouver d’autres moyens de réaliser ses desseins.

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Farangis (assise à droite) montre ses broderies à Mukarrama Kajumova (debout, à droite), directrice du Fonds Haft Païkar pour l’artisanat, à Boukhara, en Ouzbékistan, pendant le festival traditionnel de la Soie et des Épices. Photo: Mukarrama Kajumova/Fonds Haft Païkar

Avec l’aide de l’Association des femmes et de la société, partenaire de longue date d’ONU Femmes et bénéficiaire du programme de migration régionale, Farangis et cinq autres femmes animées d’idées similaires ont monté un « groupe d’entraide » au niveau local, pour coudre des rideaux. Elles ont participé à différents séminaires pour apprendre à mettre en place, planifier et gérer une entreprise. Ensuite, elles ont loué un petit local pour y ouvrir un atelier. Elles ont commencé par vendre des rideaux aux voisines, puis petit à petit leur clientèle s’est agrandie.

En juin 2014, le groupe de Farangis a participé au festival traditionnel de la Soie et des Épices qui a lieu chaque année à Boukhara, dans l’Est de l’Ouzbékistan, et qui rassemble des objets d’artisanat venant de toute la vallée de Ferghana. Les jeunes femmes entrepreneures y ont trouvé l’occasion, très stimulante, de discuter de leurs expériences, d’apprendre à devenir plus concurrentielles sur le marché du travail, et de suivre des cours donnés par des maîtres-artisans. Elles ont pu aussi y présenter leurs ouvrages et y trouver de nouveaux acheteurs.