Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, Seize jours d'activisme contre la violence de genre

Message de Phumzile Mlambo-Ngcuka, Secrétaire générale adjointe des Nations Unies et Directrice exécutive d’ONU Femmes, à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, le 25 novembre 2018

Date : jeudi 15 novembre 2018

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Nous ne connaissons toujours pas l’ampleur réelle des violences envers les femmes, car la peur de représailles, l’incidence du fait de ne pas être crues et la stigmatisation des survivantes, et non de leurs agresseurs, réduisent au silence des millions de femmes qui ont survécu à des actes de violence et masquent l’ampleur réelle de l’horreur que vivent des femmes, chaque jour.

Ces derniers temps, des activistes locaux et des survivantes, ainsi que des mouvements mondiaux tels que « #MeToo », « #TimesUp », « #BalanceTonPorc », « #NiUnaMenos », « HollaBack ! » et « #TotalShutdown », ont transformé leur isolement en solidarité mondiale. Ils rendent les coupables responsables de leurs actes, et font ainsi apparaître la fréquence de cette violence dans toutes les sphères de la société, jusqu’aux plus hautes. Les mouvements mondiaux actuels réclament collectivement la prise de mesures et la responsabilisation des auteurs de violences, et ils appellent à mettre fin à l’impunité de ces derniers, afin de garantir le respect des droits fondamentaux de toutes les femmes et les filles.

Cette année, le thème choisi par les Nations Unies pour la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes est « Oranger le monde : #ÉcoutezMoiAussi ». Cette campagne vise à mettre en avant les survivantes et survivants de violences et à amplifier leurs voix, qu’il s’agisse de femmes au foyer, d’écolières maltraitées par leur professeur, de secrétaires, de sportives ou de jeunes gens qui font un stage en entreprise. Elle les rassemble, partout dans le monde et dans tous les secteurs, au sein d’un mouvement mondial de solidarité. Elle lance un appel à mettre fin à la culture du silence, à écouter et à croire les personnes survivantes, et à les placer au centre de la riposte. Au lieu de mettre en cause la crédibilité de la victime, il faut dorénavant obliger les auteurs de violences à rendre des comptes.

Les personnes qui se sont exprimées nous ont aidés à mieux comprendre à quel point le harcèlement sexuel est devenu la norme et est même justifié comme faisant inévitablement partie de la vie d’une femme. Son omniprésence, y compris au sein du système des Nations Unies, l’a aidé à faire figure d’inconvénient mineur et quotidien qui peut être ignoré ou toléré, seuls les événements vraiment horribles méritant que l’on se donne la peine de les dénoncer. Il faut mettre fin à ce cercle vicieux.

#ÉcoutezMoiAussi est donc également un appel pressant à l’application des lois. Il est profondément injuste que la grande majorité des auteurs d’actes de violence à l’égard des femmes et des filles ne soient pas inquiétés. Seule une minorité de cas sont signalés à la police ; un pourcentage encore plus faible se solde par une inculpation, et une petite partie seulement de ces cas aboutit à la condamnation du coupable. Les institutions policières et judiciaires doivent prendre les plaintes au sérieux et accorder la priorité à la sécurité et au bien-être des victimes, par exemple en mettant davantage d’agents féminins à la disposition des femmes qui dénoncent des violences.

Les lois ne doivent pas perdre de vue le fait que le harcèlement sexuel est une forme de discrimination à l’égard des femmes mais aussi une violation des droits humains, qui à la fois exprime une inégalité et génère de nouvelles inégalités, lesquelles se manifestent dans de nombreux domaines de la vie, de l’école au monde du travail, dans les lieux publics et en ligne. Si les lois protègent à la fois les lieux de travail formels et informels, les travailleurs et travailleuses les plus vulnérables, comme ceux et celles dont la rémunération dépend des pourboires donnés par la clientèle, pourront plus facilement dénoncer les abus et se faire entendre. Dans chaque pays, les employeurs eux-mêmes peuvent avoir un impact vital en appliquant de manière indépendante des normes de conduite qui renforcent l’égalité des sexes et la tolérance zéro pour les abus sous toutes leurs formes.

ONU Femmes se trouve à l’avant-garde des efforts déployés pour mettre fin à toutes les formes de violences envers les femmes et les filles : nos actions vont du Fonds d’affectation spéciale des Nations  Unies pour mettre fin à la violence à l’égard des femmes, dont ont profité plus de 6 millions de personnes, l’an dernier, à l’initiative conjointe de l’UE et de l’ONU « Spotlight », d’un budget de 500 millions d’euros, qui représente le plus important investissement jamais consenti pour éliminer la violence à l’égard des femmes et des filles dans le monde entier, en passant par notre action visant à rendre plus sûrs les villes et les lieux publics. En outre, nous luttons au sein d’ONU Femmes et du système des Nations Unies dans son ensemble, sur nos propres lieux de travail, contre le harcèlement sexuel et les abus de pouvoir.    

Cette année, avec votre aide, nous comptons soutenir toutes celles et tous ceux dont la voix n’a pas encore été entendue.

Gros plan : Orangez le monde, #ÉcoutezMoiAussi