Dans les paroles d’Ana Vasileva : « Non seulement nous participons au débat, mais nous agissons ».

Date : mardi 27 février 2018

Ana Vasileva. Photo: UN Women/Mirjana Nedava
Ana Vasileva. Photo: ONU Femmes/Mirjana Nedava

Ana Vasileva est une militante des droits des femmes et un des membres du collectif féministe « Lutter comme une femme ». Elle vit et travaille à Skopje, dans l’ex-République yougoslave de Macédoine (ERYM). Elle a également contribué à l’initiative « Non seulement le 8 mars, mais tous les jours de l’année » d’ONU Femmes, qui fait ressortir que les questions se rapportant à l’égalité des sexes ne devraient pas être sous les feux de la rampe une seule fois dans l’année, lors de la Journée internationale des femmes, mais publiquement mises en avant continuellement. En collaboration avec d’autres militantes féministes, Ana Vasileva a lancé récemment un nouveau mouvement social en ERYM contre le harcèlement sexuel, sous le hashtag #СегаКажувам (#ISpeakUpNow), qui s’inspire des campagnes #MeToo et #TimesUp au niveau mondial. Ana Vasileva s’est entretenue avec ONU Femmes à propos de son parcours de militante féministe.

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En 2013, je suis devenue instantanément célèbre - ou devrais-je peut-être dire tristement célèbre - lorsque j’ai publié un billet de blog sur la culture du viol en Macédoine. Mon billet avait été inspiré par un hashtag tendancieux sur Twitter - #TheyCalledHer (#ЈаВикале) - qui était rempli de textes sexistes et misogynes, présentés sous le couvert de l’humour. Après avoir posté mon billet, je suis devenue la cible de menaces et d’abus en ligne. On a même lancé un hashtag avec mon nom pour m’insulter.

Cela ne m’a pas empêché de continuer à dénoncer la violence contre les femmes et la culture du viol, ainsi que l’incidence qu’elles ont sur les femmes et la société... Comment la culture de la violence imprègne notre culture pop, nos médias et même ce que nous écrivons.

J’ai poursuivi mes activités militantes, motivée par ma confiance dans la solidarité féminine et les pratiques féministes. Dans le cadre du collectif féministe informel « Lutter comme une femme », nous avons pris des mesures visant à faire la lumière sur les inégalités entre les sexes en milieu urbain et avons organisé des editathons en ligne. Nous avons cartographié les rues de la ville nommées après des femmes qui s’étaient distinguées, en les reproduisant au pochoir, afin de rendre les femmes plus visibles ; nous avons placé des ouvrages féministes dans les mains des statues dans le centre-ville ; nous avons mis les projecteurs sur les femmes de la Seconde Guerre mondiale qui se sont battues contre le fascisme ; et nous avons aussi organisé des spectacles de rue pour montrer au grand jour les travaux domestiques invisibles et non rétribués qu’accomplissent les femmes.

Puis sont arrivées les campagnes #MeToo et #TimesUp. En Macédoine, ces campagnes ont rencontré beaucoup de résistance, déclenchée par des discours contre narratifs dénonçant le mouvement comme celui de “la haine des hommes et de la sexualité”.

Tenant compte de notre contexte national, nous sommes venues de l’avant avec six autres femmes avec notre propre hashtag - #СегаКажувам (#ISpeakUpNow) - et avons lancé une campagne contre le harcèlement sexuel et la violence contre les femmes le 16 janvier à midi.

L’idée consistait à partager sur les médias sociaux certains de nos récits personnels ou des récits venant de nos amies sur le harcèlement sexuel en 100 mots, axés principalement sur les abus venant de ceux en position de pouvoir. Le hashtag s’est répandu comme un feu de forêt sauvage, et à la fin de la journée beaucoup plus de femmes s’étaient jointes au mouvement. Il a également attiré l’attention des médias de la région, étant la première campagne de son genre dans les Balkans.

La campagne a montré l’ampleur et la prévalence du harcèlement sexuel, et elle a également exposé la manière subtile dont ce comportement est normalisé et internalisé. À la fin de la journée suivante, le ministère du Travail et des Affaires sociales, le ministère de l’Éducation et des Sciences et le ministère de l’Intérieur ainsi que le Premier ministre, avaient annoncé leur soutien officiel pour notre campagne.

Notre mouvement a aussi subi des critiques. En particulier, certaines personnes nous ont reproché de ne pas avoir révélé les noms des délinquants. Mais notre objectif n’est pas de sanctionner quelques personnes ; il consiste plutôt à apporter un réel changement dans l’attitude des gens et dans le système, afin qu’il n’y ait plus de tolérance sociale à l’égard de la violence.

Ceci n’est qu’un début. Il y a encore un long chemin à parcourir avant que nous n’atteignions l’égalité des sexes dans la région et dans le monde, mais nous participons au débat et nous agissons, une étape à la fois ».