Dans les paroles d’Anny T. Modi : « Les jeunes femmes veulent être considérées comme des actrices et des agents du changement »

Date : jeudi 2 août 2018

Anny T. Modi. Photo: UN Women/Christian  Mulumba

Anny Tengandide Modi est une jeune mère célibataire de 36 ans qui vit à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo (RDC). Au mois de juillet 2017, elle a rejoint le Réseau des femmes leaders africaines, initiative lancée par ONU Femmes, la Commission de l’Union africaine et la Mission permanente de l’Allemagne. Anny Modi préside en particulier au plaidoyer pour la jeunesse au sein du Réseau. Elle est également directrice exécutive de l’organisation Afia Mama (Santé des femmes) qui travaille dans les domaines de la santé de la procréation et de l’amélioration de l’accès à la justice pour les femmes, ainsi que sur les questions de développement du leadership, de l’autonomisation économique, de l’aide juridique et du développement social des jeunes femmes.

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Pour échapper aux massacres et à la guerre dans l’est de la RDC, mon oncle a réussi à m’envoyer comme réfugiée en Afrique du Sud. Je parlais couramment l’anglais et j’avais commencé à prendre la défense d’autres réfugiés éventuellement victimes de discrimination quand ils avaient à faire des démarches auprès des autorités locales pour obtenir des papiers.

J’étais déjà en Afrique du Sud quand un autre conflit armé a éclaté en RDC en 2009. Le viol était utilisé comme une arme de guerre. Avec d’autres jeunes femmes, j’ai lancé une campagne contre le viol. J’ai été appuyée par l’Open Society Initiative for Southern Africa. C’est à ce moment-là que j'ai réalisé que je pouvais jouer un rôle de leader. 

Les jeunes femmes manquent d’information sur leurs propres droits. La discrimination à leur égard — et ce que l’on attend d’elles en général — est encore bien ancrée dans notre culture. L’absence d’un environnement favorisant le soutien des initiatives menées par les jeunes femmes constitue un frein à leur épanouissement.

Les jeunes femmes, où qu’elles soient et pas seulement dans les grandes villes, ont besoin d’être encadrées et soutenues pour leur permettre de développer leur aptitude au leadership. Elles doivent maintenant être perçues comme des partenaires capables d’apporter des solutions innovantes.

Les jeunes femmes veulent être considérées comme des actrices et des agents du changement, et pas seulement comme des bénéficiaires. Ce n’est pas de l’aide que nous demandons : ce que nous voulons, c’est pouvoir nous asseoir à la même table avec tout le monde, et participer pleinement au développement de ce pays.

Le Réseau des femmes leaders africaines est très important pour les jeunes femmes en RDC. Il est né à une époque où il n’existait pas encore de passerelle entre les deux générations. En tant que jeunes femmes, nous travaillions totalement isolées, comme dans des silos. Le Réseau aide à rallier les jeunes femmes pour qu’elles se battent pour une même cause, celle de renforcer le mouvement des femmes. 

Le chapitre de la RDC souhaite appuyer le travail en faveur du leadership des femmes congolaises en apportant des changements transformateurs. Il faut que les femmes, et pas uniquement à Kinshasa, connaissent non seulement la force que représente ce Réseau mais aussi les avantages qu’il y a d’y appartenir».