Briser le silence: les survivantes de violence racontent comment elles ont utilisé leur expérience pour provoquer le changement

Date: 14 Dec 2012

Cathy Eatock est une femme aborigène, rescapée d'une agression sexuelle lorsqu'elle était enfant, qui a porté plainte contre son agresseur en dépit des réticences de sa propre communauté. Elle a depuis lors travaillé sans relche à favoriser l'élaboration de politiques de protection des femmes et des enfants contre les abus et de défense des droits des peuples autochtones. Elle est aujourd'hui Responsable principale des politiques au ministère des Affaires aborigènes du gouvernement australien.

« Ma propre expérience m'a amenée à soulever un certain nombre de questions relatives aux approches législatives et politiques, que j'ai mises en exergue depuis » explique-t-elle. Cathy a été l'une des cinq femmes qui se sont exprimées au cours du Forum des rescapées sur la manière dont elles ont mis à profit leurs propres expériences de la violence en vue de promouvoir avec succès des réformes législatives ou de politique publique au sein de leur pays.

Quatre rescapées qui ont pris la parole lors du Forum (de la gauche à la droite): Autumn Burris, Sacide Akkaya, Mayerlis Angarita et Cathy Eatock. Photo: ONU Femmes /Catianne Tijerina

Cette table ronde entrait dans le cadre du Forum des parties prenantes sur la prévention et l'élimination de la violence à l'égard des femmes, organisé par ONU Femmes, les 13 et 14 décembre à New York. La manifestation avait pour objectif de promouvoir le dialogue, de nouer des alliances et de fournir une plateforme de partage des stratégies s'étant révélées efficaces.

« Ce mois-ci, j'ai été victime de deux attaques : une avec arme à feu, l'autre perpétrée par des groupes paramilitaires qui nous ont attaquées » raconte Mayerlis Angarita, une militante colombienne passionnée, rescapée de la violence liée au conflit, fondatrice de la Fundación Narrar para Vivir (« Raconter pour vivre »). Son organisation non gouvernementale a influencé avec succès la Loi sur les victimes et la restitution des terres, adoptée par le Congrès colombien en 2011, qui a instauré le droit des femmes à la propriété foncière.

« Dans le cadre d'un groupe de 17 femmes, nous sommes allées devant le Congrès pour présenter notre vision de la nouvelle loi, et nous avons réussi à faire intégrer une perspective de genre dans le chapitre de la restitution des terres. » explique Mayerlis (pour de plus amples informations, visionnez son interview vidéo en espagnol). « C'est également un témoignage de (…) ce que le conflit armé a occasionné et de la manière dont nos corps ont été utilisés comme armes de guerre. (…) La lutte n'a pas été facile (…) mais nous avons obtenu des résultats ».

Venue de Turquie, Sacide Akkaya est une rescapée de la violence domestique et une militante de premier plan de l'organisation de femmes KA-MER. Elle a lutté contre les crimes d'honneur et a grandement contribué à l'élaboration d'un décret visant à prévenir la violence à l'égard des femmes, entré en vigueur le 8 mars 2012. « Près de 70 pour cent des réformes que nous avons proposées ont été intégrées dans la loi » se félicite-t-elle, soulignant que son organisation continue de faire pression en faveur des changements.

« Je remercie ONU Femmes d'avoir eu l'idée novatrice de laisser s'exprimer ces rescapées à la faveur de cette table ronde » indique Autumn Burris, originaire des États-Unis, qui a été victime d'agression sexuelle, de viol, d'exploitation sexuel et de la violence domestique. Elle a fondé la Standing Against Global Exploitation, une organisation basée à San Francisco qui a exercé de fortes pressions pour faire adopter une loi contre la traite en Californie. « L'absence de politiques, de services et de programmes élaborés en tenant compte de l'expérience des rescapées, et le manque de coordination entre les gouvernements et les ONG, figurent au nombre des défis à relever » indique-t-elle.

Par le biais d'une déclaration vidéo envoyée depuis le Brésil, Maria da Penha a raconté son récit de persévérance. Rescapée de la violence domestique, elle a survécu à deux tentatives de meurtres par son mari en 1983, qui l'ont laissée paralysée. « Ma vie était une suite de violences physiques et psychologiques, et je ne pouvais pas mettre fin à cette relation car, à cette époque (…) les femmes étaient tuées lorsqu'elles essayaient de rompre. (…) En général, l'agresseur s'en tirait sans être sanctionné. »

Maria n'a jamais baissé les bras, malgré vingt ans de vaines batailles juridiques contre son mari, qui a été finalement libéré pour détails techniques. Elle a écrit un livre et a fait équipe avec deux ONG qui l'ont aidée à porter son cas devant la Commission interaméricaine des droits de l'homme. En 2001, la Commission a condamné le Brésil, ordonnant au pays d'instaurer une loi nationale de prévention de la violence domestique. Mise en vigueur en août 2006, la loi a été baptisée Loi Maria da Penha.

Le Forum des parties prenantes a été organisé pour préparer la 57ème session de la Commission de la condition de la femme de mars 2013. Cette réunion internationale où les pays présentent des rapports sur les avancées qu'ils ont réalisées en matière de droits de la femme et d'égalité des sexes mettra l'accent sur la prévention et l'élimination de la violence à l'égard des femmes et des filles.

Visionnez les débats archivés du Forum des rescapées :