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Lutter contre les violences liées à la dot en Inde : les femmes au cœur de la justice

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Date: 24 December 2012

Lorsque Shehnaz Bano a épousé Naved en 2009, elle n'imaginait pas que sa vie de femme mariée l'entraînerait bientôt dans une spirale de violence.

Photo: Fonds d'affectation spéciale des Nations Unies /David Goldman

La vie de Shehnaz Bano a sombré dans la violence depuis son mariage en 2009, en raison de différends liés à la dot. Elle a décidé de porter plainte en vertu de l'Acte de protection des femmes contre la violence domestique, avec l'appui de la LCWRI, bénéficiaire du Fonds d'affectation spéciale des Nations Unies. Aujourd'hui, avec d'autres femmes, elle encourage les femmes victimes de la violence de New Delhi à prendre la parole et à faire respecter leurs droits à une vie nouvelle en vertu de la Loi. (Photo: Fonds d'affectation spéciale des Nations Unies /davidgoldmanphoto.com)

Les parents de Naved ont toujours été opposés à sa relation avec Shehnaz, estimant que la dot initiale offerte par sa famille n'était pas suffisante. Pour apaiser leur belle-famille, les parents de Shehnaz ont octroyé une dot importante pendant le mariage et même après, cédant ainsi à sa pression.

C'est lorsque les parents de Shehnaz n'ont plus été en mesure de répondre à leurs demandes que les abus ont commencé : elle est forcée d'accomplir toutes les tches domestiques et de s'incliner devant les moindres demandes de chacun des huit membres vivant au sein du foyer.

On lui demande de faire le ménage et la lessive et de cuisiner pour la famille. Elle ne reçoit que peu de nourriture, et aucun argent pour pourvoir à ses besoins personnels. Sa belle-famille et son mari Naved la traitent comme une esclave. Elle tombe malade en raison du stress et de la charge de travail, mais comme elle n'a pas d'argent, elle est contrainte de demander à ses parents et à son frère de l'emmener à l'hôpital. En outre, chaque fois qu'elle se rend à l'hôpital, sa belle-famille verrouille la porte de la maison, l'empêchant de rentrer. Elle passe alors des heures à frapper en vain à la porte, jusqu'à ce que les voisins, et souvent la police, interviennent. Ce n'est qu'alors que sa belle-famille la laisse rentrer.

Malgré les mauvais traitements qu'elle a dû endurer, l'absence d'indépendance financière et la stigmatisation associée au divorce répandue dans de nombreuses parties de l'Inde l'ont contrainte à demeurer avec son mari.

Les violences liées à la dot sont généralisées en Inde. Au cours de la seule année 2011, le National Crime Records Bureau, l'agence gouvernementale indienne responsable des statistiques judiciaires, a enregistré 8 618 décès dus au harcèlement pour cause de dot. Les données non officielles montrent que ces chiffres sont au moins trois fois supérieurs. L'Acte sur le droit pénal de 1983 a fait des « actes de cruauté » perpétrés par un mari sur sa femme une infraction, mais celui-ci met l'accent sur la sanction de l'auteur, sans reconnaître ni répondre aux besoins de secours immédiats et urgents des femmes.

Cette situation a changé grce à l'adoption de l'Acte de protection des femmes contre la violence domestique (PWDVA) en 2005, suite à dix ans d'activités de plaidoyer et de mobilisation par les organisations de femmes indiennes. Rédigé par la Lawyers Collective Women's Rights Initiative (LCWRI) par le biais d'un processus consultatif et avec l'appui du Fonds d'affectation spéciale des Nations Unies pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes, la loi se fonde sur les expériences réelles des femmes. En se focalisant sur la nécessité de protéger les femmes et de leur permettre de négocier une vie à l'abri de la violence, la loi brise le mythe selon lequel, pour les victimes, la justice se limite à octroyer des peines plus sévères.

« Le PWDVA marque un changement radical en amenant au premier plan la violence au sein de la sphère privée, et en reconnaissant que la violence domestique est une violation des droits fondamentaux des femmes » souligne Indira Jaising, Directrice exécutive de la LCWRI. « L'adoption de la loi sur la violence domestique a renforcé la norme selon laquelle la violence à l'égard des femmes est inacceptable, et, surtout, que le non-respect de cette norme est sanctionné par l'État ».

Cette loi a permis à Shehnaz d'échapper à la violence. Lorsqu'un jour, sa belle-sœur l'a attaquée avec un couteau, et que son époux l'a laissée sans soutien financier et autre, elle a décidé de porter plainte. La LCWRI, qui a fait connaître la loi à Shehnaz, l'a accompagnée dans sa démarche, lui permettant d'obtenir un appui financier en vertu de l'Acte PWDVA et de reconstruire sa vie en toute indépendance par rapport à son mari et à sa belle-famille.

« J'en ai tiré nombre d'enseignements » explique-t-elle. « J'ai appris à ne pas avoir peur, à sortir, voler de mes propres ailes et à être courageuse ».

Aujourd'hui, Shehnaz est inscrite à l'Université de Delhi, où elle étudie en vue d'obtenir un diplôme en informatique. Elle est devenue membre actif du Groupe de victimes de la violence domestique de Delhi créé par la LCWRI. Le groupe fournit un appui juridique aux femmes engagées dans des procédures judiciaires et dans des processus pour recevoir des secours, et fait travailler bénévolement des avocats en tant que médiateurs entre le Tribunal et les femmes. Ainsi que l'explique Shehnaz, le groupe est également un espace d'inspiration et de soutien mutuel :

« J'encourage les femmes à s'exprimer et à rechercher un appui de la part d'organisations telles que la LCWRI, en vue de participer aux réunions de victimes, de reprendre confiance et de retrouver leur fierté ».

Pendant ce temps, la LCWRI continue son travail. Grce à une nouvelle subvention de la part du Fonds d'affectation spéciale des Nations Unies, l'organisation contrôle l'application de la Loi par le biais de rapports annuels intitulés Staying Alive (« Rester vivantes »). Brossant un portrait de l'efficacité de la loi au niveau national, ces rapports permettent de faire entendre les voix et les témoignages de milliers de victimes comme Shehnaz.

En janvier 2013, le 6e rapport « Staying Alive » sera lancé lors d'une conférence nationale à laquelle participera la ministre indienne pour la Femme et le Développement de l'enfant. Un documentaire mettant en exergue le travail de contrôle réalisé par la LCWRI a été lancé en décembre.

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De la campagne au contrôle : Protection des femmes contre la violence domestique

Documentaire sur les travaux de la LCWRI