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Asie du Sud-Est: Les dirigeantes autochtones s’unissent contre la violence induite par le développement

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Date: 05 December 2012

Soi Tonnampet et Kruemebuh Chaya, deux membres de la Tribu Karen de Keng Kra Chan, en Thaïlande, échangent leurs expériences de violences et de déplacements avec le groupe au cours d'une session de narration d'histoires. Photo: ONU Femmes /Jo Baker.

Le bruit des hélicoptères fait toujours trembler Soi Tonnampet, des années plus tard. Il lui rappelle la première fois où, avec d'autres femmes de sa communauté autochtone, la Tribu Karen, elle a dû fuir pour échapper à une opération visant à dégager des zones d'un parc national situé dans le Nord de la Thaïlande. Elle se souvient que, pendant leur première évasion de trois jours à travers la forêt - qui aura été suivie de beaucoup d'autres - une femme gée a perdu la vie et qu'une autre a fait une fausse couche.

Bien qu'elles viennent de villages éloignés les uns des autres, les membres du réseau de femmes autochtones de l'Asie du Sud-Est ont trouvé un terrain d'entente au cours d'une récente consultation sur la violence à l'égard des femmes autochtones. Organisée à Chiang Mai, en Thaïlande, celle-ci s'est focalisée sur les formes de violence qui sont aggravées ou causées par les projets de développement économique.

Organisée par l'Asia Indigenous Peoples' Pact (AIPP) et appuyée par ONU Femmes dans le cadre du Programme régional sur l'amélioration des droits fondamentaux des femmes en Asie du Sud-Est, la réunion contribue au travail mené pour établir des liens entre les femmes autochtones, ainsi qu'entre ces dernières et les spécialistes des droits, et leur fournir les compétences nécessaires pour définir les questions urgentes et y répondre. Au fur et à mesure que les décisions sur le cadre de développement durable sont prises et que les pays - notamment les membres de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ANASE) - s'ouvrent sur le plan économique, le besoin de surmonter l'invisibilité et le manque de voix des femmes est devenu de plus en plus important.

« L'impact de la violence causée par la militarisation des territoires autochtones sur les femmes autochtones, qui s'accompagne de la destruction de nos ressources naturelles et provoque des déplacements aux lourdes conséquences, les affecte non seulement en tant qu'individus mais aussi comme entité collective - par le biais de la dimension socioculturelle de leur identité et de leur dignité » indique Joan Carling, Secrétaire générale de l'AIPP. « Les questions ne peuvent être traitées efficacement si les femmes autochtones ne participent à aucune prise de décisions qui les concernent ».

Bien que souvent situés dans des zones dotées d'une importante richesse naturelle, les groupes autochtones constituent jusqu'à 5 pour cent de la population du monde, mais aussi 15 pour cent des personnes les plus pauvres au monde, selon le Fonds international de développement agricole (FIDA). Beaucoup doivent faire face à des dégts importants, à la marginalisation et aux violations des droits de l'homme, suite à des processus de développement agressifs.

Pour les femmes, ces préjudices peuvent prendre des formes différentes. L'afflux des travailleurs et agents de sécurité non autochtones dans ces zones autochtones a par exemple mené à une augmentation du travail du sexe, ainsi que du harcèlement sexuel et du viol. Tandis que les moyens d'existence autochtones sont abîmés ou détruits, les niveaux de violence basée sur le genre augmentent. Les dommages économiques, sociaux et culturels peuvent toucher les femmes de manière différente, leur fardeau se déplaçant ou augmentant. Pourtant, même si elles ont des niveaux d'instruction inférieurs et doivent faire face à la discrimination à de multiples niveaux, les femmes autochtones sont en mesure de lutter pour exprimer leurs préoccupations et pour prendre la tête du changement.

Les dirigeantes apparaissent toutefois comme des militantes efficaces. La Consultation de Chiang Mai a permis de mettre en contact 29 femmes autochtones venues de huit pays d'Asie du Sud-Est avec des spécialistes des droits fondamentaux, et des défenseurs des droits de la femme et des droits des peuples autochtones - y compris des représentants de la Commission de l'ANASE sur la promotion et la protection des droits des femmes et des enfants, et le Mécanisme d'experts sur les droits des peuples autochtones des Nations Unies.

« Lors de cet atelier, je peux entendre parler de ce qui se passe dans les autres pays, et apprendre comment ces derniers ont réussi à surmonter leurs problèmes, ce qui me permet d'en tirer d'utiles enseignements » indique Seng Mai, qui aide les populations autochtones et rurales à répondre aux projets de développement au Myanmar, par le biais du Kachin Development Networking Group.

Des femmes autochtones de trois régions d'Indonésie ont rencontré des femmes de la tribu des collines Akha de Thaïlande, au cours du déplacement des participantes dans un village tribal de Chiang Mai. Crédit photo: ONU Femmes/Jo Baker.

Les participantes ont également échangé des exemples de progrès positifs - que ce soit des affaires menées devant la justice pénale, des interventions du Conseil des droits de l'homme des Nations Unies, et, dans une récente affaire se passant aux Philippines, l'établissement d'une cour martiale pour les soldats suspectés d'exécutions extrajudiciaires.

D'autres membres du réseau ont discuté de la réunion avec des décideurs politiques dans le cadre des plateformes internationales telles que la Commission de la condition de la femme et la Conférence des Nations Unies sur le développement durable de 2012 (Rio+20), organisées avec l'appui d'ONU Femmes et d'autres organisations. Beaucoup ont envisagé utiliser pour leurs activités de lobbying les cadres des droits des femmes et collectifs stipulés dans les instruments internationaux tels que la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones et la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (CEDAW).

À la conclusion de la réunion, les participantes ont convenu d'un plan d'action - une série de recherches et de mesures de plaidoyer et de renforcement des capacités pour l'année prochaine. Pour des femmes comme Soi, Lori et Seng Mai, la solidarité et l'établissement de stratégies sont des sources de connaissances, mais aussi d'encouragement et d'appui moral crucial.

« C'est une chance pour moi de rapporter ces informations dans mon pays, dans mon village et aux femmes qui s'y trouvent » explique Seng Mai. « Ainsi, dans l'avenir, lorsque nous serons confrontées à des problèmes, nous pourrons les régler ».

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