Se battre au quotidien pour les victimes devant le tribunal islamique : Ayah al-Wakil est déterminée à ne laisser aucune femme sur le bord du chemin

Date : mardi 14 novembre 2017

Ayah al-Wakil, a lawyer working at the Palestinian Centre for Human Rights in Gaza Strip. Photo: UN Women/Eunjin Jeong
Ayah al-Wakil est une avocate palestinienne de la bande de Gaza qui aide les victimes de violences qui ont été l’objet de décisions injustes de la part du tribunal islamique. Photo : ONU Femmes/Eunjin Jeong

« Si vous vous trouvez dans une situation où vous pouvez faire une réelle différence dans la vie d'autres femmes, plus aucun obstacle ne pourra plus vous arrêter », explique Ayah al-Wakil, avocate au Centre palestinien pour les droits humains (PCHR) dans la bande de Gaza.

Depuis 2015, chaque matin, elle se rend au tribunal islamique pour engager des poursuites au nom des victimes de violences. « Jusqu'à présent, j'ai déposé plus de 300 plaintes et ce nombre va augmenter au fur et à mesure que les femmes que j'ai aidées continueront de faire venir famille et amis pour faire de même », a-t-elle poursuivi, ajoutant que son travail donnait un sens à sa vie.

En Palestine, le tribunal islamique traite des affaires familiales codifiées dans la Loi sur le statut personnel relative au mariage, au divorce, à la garde des enfants et à l'héritage. « En raison de certaines restrictions de la Loi sur le statut personnel, les décisions du tribunal islamique ne représentent pas toujours comme il se devrait les besoins et les intérêts des femmes et des enfants », souligne Ayah Al-Wakil, qui insiste sur l'absence de notion d'égalité des femmes dans la Loi sur le statut personnel. Ayant grandi et étudié le droit dans la bande de Gaza, Ayah Al-Wakil connaissait les lacunes du système. « Je me suis donné comme mission d’améliorer la vie des femmes dans ma ville natale et j'ai commencé à chercher des possibilités de le faire. Et peu après, le programme Sawasya a pris contact avec moi. »

En novembre 2015, Ayah Al-Wakil a été choisie avec trois autres avocates pour suivre une formation au Centre palestinien pour les droits humains, soutenue par le programme conjoint ONU Femmes/PNUD Sawasya (qui signifie « égal » en arabe), et ayant pour objectif de défendre les droits des femmes devant le tribunal islamique. « Cette formation a changé ma vie, explique-t-elle. J'ai appris toutes les compétences essentielles au cours de cette année, du dépôt de poursuites à la plaidoirie devant les tribunaux pour défendre les droits des femmes, des compétences que j'utilise encore tous les jours. »

Après la fin de la formation, Ayah Al-Wakil a décidé de rester au Centre pour continuer à travailler avec les victimes de violences. « C'était exactement l'objectif visé par Sawasya à travers cette formation : préparer et donner à des femmes avocates les moyens nécessaires pour défendre les droits des femmes devant le tribunal islamique, et Ayah l'a fait », explique Areej Al-Ashhab, chargée du programme Sawasya à l'ONU Femmes. 

Faten Ashour (left) ended her 13-year abusive marriage with legal help from Ayah al-Wakil. Photo: UN Women/Eunjin Jeong
Faten Ashour (à gauche) a mis fin à son mariage de 13 ans avec un conjoint violent avec l'aide juridique d'Ayah al-Wakil (à droite). Photo : ONU Femmes/Eunjin Jeong

Bien que les journées d'Ayah Al-Wakil soient bien remplies à préparer des documents juridiques et à aller au tribunal, elle prend toujours le temps de parler aux femmes qui ont besoin d'elle. Faten Ashour* est l'une des femmes qui rend régulièrement visite à Mme Al-Wakil, même après la finalisation de son divorce avec l'aide de l'avocate. Enfin libre après 13 ans de mariage avec son conjoint violent, Faten Ashour se prépare maintenant à terminer ses études secondaires.

« J'étais très effrayée et tendue avant mon premier rendez-vous avec Ayah », se souvient Ashour, qui a été confrontée à une série d'obstacles au tribunal avant de rencontrer Ayah Al-Wakil. » 

« Ayah était différente des autres personnes que j'avais rencontrées au tribunal. Elle m'écoutait et me respectait », a-t-elle ajouté. La femme qui gardait les choses pour elle et restait silencieuse face à l'injustice est bien loin maintenant. Faten Ashour sait maintenant défendre ses opinions et essaie d'encourager d'autres femmes, notamment ses sœurs, à demander de l'aide en cas de situations de violence.

Quand on l'interroge sur ses futurs projets, Ayah Al-Wakil dit qu'elle continuera à aider les victimes de violences à revendiquer leurs droits. Grâce au programme Sawasya, elle et ses collègues du Centre palestinien pour les droits humains ont récemment ouvert des ateliers de sensibilisation sur ce qu'on appelle les « crimes d'honneur », une tradition qui autorise le meurtre de femmes par des membres de leurs familles au nom de l'honneur familial, pratique qui est toujours courante à Gaza.

Cependant, la plupart des hommes qui ont assisté à l'atelier n'ont pas immédiatement changé d'avis sur le fait que d’après eux les meurtres d'honneur constituaient une pratique légitime. Selon Ayah Al-Wakil, la solution réside dans le droit. « Le droit est au-dessus de la tradition, et c'est pourquoi le droit doit être modifié pour protéger les femmes. Nous devons travailler dur et conjuguer nos efforts pour apporter les changements nécessaires », conclut-elle avec une lueur d'espoir et de détermination dans les yeux.

Ayah al-Wakil a participé à la formation des avocates assurée par le PCHR dans le cadre du programme « Promouvoir l'état de droit dans le territoire palestinien occupé » – ou Sawasya, comme on l'appelle localement – mis en œuvre conjointement par ONU Femmes, le PNUD et l'UNICEF, et généreusement financé par le gouvernement des Pays-Bas, l'Agence suédoise de développement international (SIDA), le Département britannique pour le développement international (DFID) et l'Union européenne (UE).

Remarque :

* Le nom a été changé pour protéger l'identité de la victime