Pour reprendre les propos de Pari Ibrahim : « Échapper à Daech n'est que le début, nous ne pouvons pas les laisser seules dans ce voyage. »

Date : mercredi 15 novembre 2017

Pari Ibrahim.
Pari Ibrahim.

Pari Ibrahim, 27 ans, est la fondatrice et la directrice exécutive de la Free Yezidi Foundation (FYF), une organisation indépendante à but non lucratif qui offre des services aux femmes survivantes des violentes attaques commises par Daech contre la communauté yézidie dans la région du Kurdistan irakien. Nombreuses sont les personnes qui ont été affectées par ces violences prolongées, le mois d'août 2017 ayant marqué le troisième anniversaire des attaques génocidaires commises par Daech. Des milliers de femmes yézidies sont toujours détenues en captivité par Daech. Avec le soutien du Fonds d'affectation spéciale des Nations Unies pour mettre fin à la violence contre les femmes (Fonds d'affectation spéciale des Nations Unies), la Free Yezidi Foundation est en train de renforcer la composante de réponse post-traumatique qu’apportent les services de l'organisation dans son centre de Dohuk. Le Centre fournit des soins post-traumatiques et prépare les femmes à trouver un emploi grâce à une formation sur les moyens de subsistance.

Quote

« Mon peuple a beaucoup souffert aux mains de Daech. Si vous étiez un homme, vous étiez abattu. Si vous étiez une femme, on vous emmenait comme esclave sexuelle à Mossoul, en Irak ou à Raqqa, en Syrie. Ces femmes ont subi un traumatisme énorme. Elles ont été violées de nombreuses fois par jour par des hommes différents. C'est pour cela que j'ai créé la Free Yezidi Foundation – pour fournir des soins post-traumatiques aux femmes et aux filles afin qu'elles puissent recommencer à vivre leur vie.

Dans la région d'où je viens, les gens ne vont pas chez le médecin pour des problèmes de santé mentale. Au fond, elles [les victimes] souffrent énormément, aussi en raison de la stigmatisation sociale qui y est associée, et qui laisse entendre que c'est [d'une certaine manière] leur faute si elles ne sont pas vierges, qu'elles ne peuvent pas se marier. Au début, bon nombre de ces femmes et filles se sont suicidées.

Notre centre dédié aux femmes est un espace sûr et un refuge pour les femmes et les filles qui ont survécu aux horreurs de Daech. Nous détachons des experts en gestion post-traumatique venant de l'extérieur de l'Irak afin que les femmes et les filles puissent leur parler sans honte ni stigmatisation.

Nous recevons les femmes et les filles au centre pour qu’elles y suivent des séances d’accompagnement adaptées et nous leur rendons visite chez elles. Nous parlons aussi aux membres de leur famille. Et lentement, je vois qu'elles deviennent plus fortes et que leur santé s’améliore. Tous les membres de notre personnel au centre sont eux-mêmes des déplacés internes (PDI), formés pour fournir un soutien psychologique. Beaucoup de femmes victimes nous admirent, nous qui travaillons au centre, parce que nous sommes des femmes.

Au cours des trois années qui ont suivi l’ouverture du centre, nous avons déjà pu observer de nombreux changements chez les femmes et les filles qui ont reçu de l'aide. Elles expriment maintenant ce qu'elles ressentent. On les voit être plus actives, on les voit dans des groupes, et on voit qu'elles se font des amies – et cela fait vraiment une grande différence, parce l'intégration sociale est fondamentale pour leur guérison. On peut voir aussi que leur posture physique a changé : les femmes et les filles ne baissent plus la tête, elles gardent la tête haute.

Dans notre centre, plus de 100 femmes reçoivent des soins psychologiques pendant un minimum de trois mois. Celles qui ont besoin d'un traitement supplémentaire peuvent revenir pour des conversations hebdomadaires avec leur thérapeute.

La Free Yezidi Foundation est dirigée par des femmes yézidies et nous sommes ici pour offrir aux survivantes les possibilités d'une nouvelle vie, loin de la honte et du traumatisme. Échapper à Daech n'est que le début d'un voyage douloureux pour de nombreuses femmes yézidies. Nous nous devons de les accompagner dans ce voyage. »

Pour un monde 50-50 en 2030: Franchissons le pas pour l’égalité des sexes