Dans les propos de Faidah Suleiman : « Dans le cadre de mon travail, j’apporte des changements dans ma famille et dans la société »

Date : jeudi 18 octobre 2018

Faidah Suleiman. Photo: ONU Femmes/Daniel Donald

Faidah Suleiman est la surintendante de police chargée du bureau Genre et enfants en Tanzanie. Forte de 20 années d’expérience dans les forces de police, elle fait partie de l’équipe du bureau Genre depuis qu’il a été établi en 2009. En 2014, ONU Femmes s’est associée avec les bureaux Genre et enfants pour améliorer la qualité des services fournis, avec le soutien des gouvernements norvégien et suédois. Aujourd’hui, la Tanzanie dispose de 417 bureaux Genre et enfants à l’échelle nationale, qui ont enregistré plus de 31 000 signalements de cas de violence perpétrée contre des femmes et des filles en 2017. Mme Suleiman est également membre du réseau de femmes policières de Tanzanie, une association de femmes policières mise en place pour promouvoir les intérêts de ses membres et de leur communauté.

Quote

 Parfois, les gens ont des appréhensions à l’égard des policières, mais j’ai toujours aimé la police, même avant de savoir qu’un bureau Genre serait établi. Mon père est décédé quand ma mère était enceinte. Ma tante et d’autres membres de la famille du côté de mon père nous ont tout pris, et la violence basée sur le genre était omniprésente ; c’est pourquoi j’étais déterminée à [protéger] les droits de ma famille. J’ai pensé que la seule façon d’y parvenir était en intégrant les forces de police et en étudiant le droit. C’est ainsi que je suis devenue policière, et je suis également avocate.

Quand je suis devenue policière, il y avait très peu de femmes au sein des forces de police. Sur environ 1 500 agents de police, nous n’étions que 97 femmes. De nos jours, on en compte 200 ou 500. Depuis que nous avons établi le réseau des femmes policières en Tanzanie, nous avons réussi à avoir une femme commissaire pour la première fois en 2015, la commandante Alice Mapunda.

Mes fonctions de policière et de spécialiste des questions de genre m’ont permis d’aider non seulement ma mère, mais également d’autres membres de ma famille. Quand mon oncle est décédé, il y a encore eu des disputes au sujet de ses biens. J’ai décidé de dire non : ces biens étaient destinés à sa femme et ses enfants, et personne ne devait les leur prendre. Le mari [défunt] était mon parent de sang, mais je luttais pour les intérêts de sa femme.

Je suis fière du fait que, dans le cadre de mon travail, j’apporte des changements dans ma famille et dans la société.

Au bureau Genre, nous traitons des affaires pénales. Nous sommes face à des situations de violences basées sur le genre et de violences contre des enfants. Celles que je vois le plus souvent sont des cas de viols. Notre mission consiste à entamer des poursuites dans le cadre d’affaires pénales, mais nous n’oublions pas non plus les affaires civiles. Nous écoutons les victimes, nous les renvoyons à la personne appropriée et nous les appelons. Parfois, nous les escortons jusqu’au service adéquat et assurons un suivi de l’évolution de leur cas.

Nous travaillons actuellement à l’élaboration d’un « Protocole » avec ONU Femmes qui fournira des orientations pas à pas et facilitera le travail avec les partenaires d’autres secteurs, tels que ceux des affaires sociales, de la santé et de l’éducation, dans le cadre de cas de violences basées sur le genre. Étant donné que ce protocole sera signé par tous les secrétaires permanents de ces ministères, nous sommes assurés de bénéficier d’un engagement ferme. Il devrait être prêt vers la fin de l’année ou d’ici le début de l’an prochain au plus tard.

Le réseau de femmes policières se rend également dans des écoles de tout le pays pour enseigner aux enfants ce qu’il faut faire [dans les cas de violence], ce qui est un délit et ce qui ne l’est pas.

Les gens pensent que quand on est policier, on transpose ses obligations professionnelles dans sa famille, mais ce n’est pas la même chose. Quand vous rentrez chez vous, vous pouvez être une mère et, quand vous êtes au travail, vous pouvez être une policière. Il faut se connaître soi-même et savoir qui on est ».