Entretien avec le maire de Quito sur le programme « Villes sûres »

Date: 04 Sep 2012

À l'occasion du Forum urbain mondial de Naples qui a réuni les dirigeants du monde entier, ONU Femmes a rencontré le maire de Quito, l'une des villes qui tentent d'éliminer la violence grce au programme « Villes sûres ».

Entretien avec le maire de Quito, le Dr. Augusto Barrera

En votre qualité de maire, quel est le message que vos concitoyens hommes et femmes vous ont demandé de délivrer au Forum urbain mondial ?

Augusto Barrera, le maire de Quito en Équateur, reçoit le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon en février 2011. Crédit photo : ONU Photo/Paulo Filgueiras

Les villes sont le résultat d'un effort collectif. Elles sont une formation complexe, de forums publics dans lesquels les hommes, les femmes et les enfants interagissent entre eux en tant que société et forgent un avenir urbain, dans un esprit de liberté et dans le respect de la diversité. Construire une communauté dont les membres peuvent profiter au maximum de leur vie présuppose que, dans les villes, l'intérêt général prévale sur l'intérêt individuel. À Quito, nous connaissons des transformations qui sont plus importantes : nous sommes en train de btir une ville équitable, unie, durable et inclusive.

Quel message basé sur votre expérience pouvez-vous transmettre à vos homologues, maires d'autres villes, sur la construction d'une ville exempte de violence à l'égard des femmes et des filles ?

Nous devrions tous être proactifs pour lutter contre la violence sexiste dans nos pays, quel que soit notre sexe. Ceux d'entre nous qui, comme moi-même, avons l'honneur et la responsabilité de présider aux destinées d'une ville, doivent quotidiennement s'engager à garantir l'exercice sans entraves des droits civils, par le biais de toute une palette de solutions qui sont novatrices, fondées sur des données probantes, mais, surtout, développées collectivement.

Le droit à une vie exempte de violence bénéficie à l'ensemble d'entre nous : femmes, filles et hommes - parce que cela nous fait réfléchir à une manière radicale et nouvelle de concevoir les relations entre êtres humains, afin d'assurer que les zones communales des villes soient plus démocratiques, égalitaires et humaines.

Les changements culturels sont plus difficiles à réaliser au niveau d'une société, et la réalisation de tels objectifs doit être une obligation pour tous ceux qui travaillent pour promouvoir une vie meilleure, plus digne, qui garantisse des conditions de vie plus équitables.

Qu'est-ce qui a changé dans la ville depuis que la municipalité a intégré une priorité « ville sûre » dans ses politiques et sa législation ? Pourriez-vous également nous donner un exemple concret des raisons pour lesquelles les femmes et les filles vivent mieux dans les villes qui se sont engagées à éradiquer la violence et le harcèlement sexuel ?

Nous avons une politique de tolérance zéro en matière de violence sexuelle ; le droit à une vie sans violence est un engagement qui implique l'ensemble de la structure municipale.

Au niveau de la prise de décisions politiques, la Commission pour l'égalité et le genre du Conseil métropolitain est opérationnelle. Elle est intervenue sur le plan de la réglementation en publiant des décrets sur les politiques d'élimination de la violence sexiste.

Au niveau opérationnel, nous voyons, au sein des administrations de chaque district, les bureaux qui sont chargés de mettre en œuvre la politique dans les territoires. Jusqu'à maintenant, nous avons travaillé dans deux des huit administrations de districts, celles qui sont les plus densément peuplées et dans lesquelles une action urgente était nécessaire. Dans la poursuite de cet objectif, la participation de la communauté a été d'une importance cruciale pour traiter du problème et modifier les comportements violents et abusifs.

Dans la municipalité de Quito, nous avons relevé le défi de l'éradication de la violence sexuelle tant sur le plan du système de transport qu'au sein des espaces publics. Notre action se traduit également par l'allocation de ressources et la création de Centres pour l'équité et la justice (centres chargés de répondre aux besoins des citoyens, et qui sont décentralisés et équipés pour faciliter l'accès à la justice ainsi que le traitement et la prévention de la violence sexiste).

De quelles manières les diverses parties prenantes de la société, telles que les médias, les entreprises et les citoyens, contribuent-elles à assurer la transformation de Quito en une ville plus sûre et exempte de violence à l'égard des femmes et des filles ?

La municipalité a identifié les participants-clés tels que les organisations de femmes, ainsi que les organisations locales et communautaires. Nous avons regroupé diverses divisions de la municipalité telles que la police métropolitaine, les médias et les services, afin qu'elles puissent diffuser l'information à cet égard, et que la question de la violence à l'égard des femmes soit traitée, dans la mesure du possible, par le biais de forums d'interaction sociale. Une de nos préoccupations majeures a été de nous réapproprier les environnements publics, de manière à ce que ces derniers soient véritablement sûrs. Nous nous sommes attachés à changer les perceptions publiques qui conduisent à la répétition des actes de violence. En d'autres termes, nous travaillons à provoquer une transformation culturelle, un changement radical chez les hommes et les femmes pour promouvoir une relation mutuelle qui soit plus démocratique et humaine.